Souffrance au travail: “Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés”
Source: http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article1184.html
Ce documentaire réalisé par Sophie BRUNEAU et Marc Antoine ROUDIL est inspiré du livre de Christophe Dejours Souffrance en France Ed Seuil. Christophe Dejours est psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des arts et métier et directeur du Laboratoire de Psychologie du Travail. Ce livre décrit la souffrance subjective de ceux qui travaillent et de la banalisation du mal. « Comment faisons-nous pour tolérer le sort réservé à ces chômeurs et ces « nouveaux pauvres » dont le nombre ne cesse de croître ? Et comment parvenons-nous, dans le même temps, à accepter sans protester des contraintes de travail toujours plus dures dont nous savons pourtant qu’elles mettent en danger notre intégrité mentale et physique ? »
Dans ce documentaire, tour à tour, quatre personnes racontent leur souffrance au travail dans le cadre d’un entretien unique. Les trois professionnels écoutent et établissent la relation entre la souffrance individuelle du patient et les nouvelles formes d’organisation du travail.
Le nerf de la guerre, c’est la compétitivité.
Et cette machine de guerre fonctionne parce que mêmes ceux qui ne sont pas les décideurs, donc la majorité d’entre eux, apportent leur concours à son fonctionnement, à son efficacité et à sa longévité, ou qu’en tout cas ils ne l’empêchent pas de poursuivre son déploiement. La souffrance au travail s’accroît parce que ceux qui travaillent perdent progressivement l’espoir que la condition qui leur est faite aujourd’hui pourrait s’améliorer demain. Plus ils donnent d’eux-mêmes, plus ils sont « performants », et plus ils font de mal à leurs collègues de travail, plus ils les menacent, du fait même de leurs efforts et de leurs succès. Ainsi le rapport au travail se dissocie-t-il progressivement de la promesse de bonheur et de sécurité partagés : pour soi-même d’abord, mais aussi pour ses collègues, pour ses amis et pour ses enfants. Cette souffrance s’accroît avec l’absurdité d’un effort au travail qui ne donnera pas en retour de satisfaction vis-à-vis des attentes sur le plan matériel, affectif, social et politique. Les conséquences de cette souffrance sur le fonctionnement psychique et, au-delà, sur la santé sont inquiétantes.
La peur et la menace au licenciement sont devenues des outils de management.
La peur est devenue une pièce maîtresse dans le fonctionnement du système. Ce maniement managérial de la peur et de la menace au licenciement pousse les gens à travailler à plein régime et c’est un des rouages essentiels à l’efficacité du système. On exige de ceux qui travaillent des performances toujours supérieures en matière de productivité, de disponibilité, de discipline et de don de soi.Ceux qui travaillent vivent dans une peur permanente. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de perdre son statut, peur de perdre sa place. La peur s’inscrit dans les rapports de travail.
Elle engendre des conduites d’obéissance, de soumission et d’individualisme.
Dans ce nouveau système de management basé sur la peur au licenciement, la tolérance à l’injustice, la souffrance personnelle et la souffrance infligée aux collègues sont devenues des situations ordinaires. C’est le processus de banalisation du mal où l’on suspend la faculté de penser dans les systèmes totalitaires d’après H.Arendt. Ce qui est pointé dans le film c’est de voir qu’entre l’ouvrière et le cadre, on retrouve le même discours. Il s’agit bien d’une nouvelle forme d’organisation collective de travail qui s’est généralisée et qui génère des pathologies.
Une forme de peste.
Au moment du tournage, il est trop tard. Trop tard parce que depuis longtemps le mal est fait ; Comme pour les deux cinéastes, il ne nous reste plus qu’à prendre la mesure du désastre et constater l’étendue des dégâts.
Manifestement, il s’est passé quelque chose avant, qui n’a pas été filmé, parce que demeurent des zones interdites aux caméras ; Il s’est produit en amont quelque chose d’irrémédiable. Une catastrophe en cours, une mutation sans précédent, une forme de peste dont les manifestations perverses n’en finissent plus de démembrer le corps social et de reformater l’ensemble du monde du travail. Une machine de guerre est mise en place.
Désormais, toute forme d’emploi, qu’il soit précaire ou supposé stable, se trouve soumise de manière constante aux nouvelles méthodes de dressage du Capital. Intimidation, harcèlement, chantage, réversibilité des rôles de victimes et de bourreau, représailles sous forme de déclassement définissent aujourd’hui l’organisation du travail salarié.
De plus en plus réduit à n’être qu’un simple rouage dans un organigramme où la soumission aux ordres vaut davantage que la compétence, où l’expérience professionnelle compte moins que la docilité. Il s’agit d’esseuler pour ensuite surveiller, contrôler, sanctionner. Les mêmes principes régissent l’économie de marché : segmentation, isolement, quadrillage. Désormais, le monde du travail est une somme de solitudes.
Le film.
C’est la rencontre entre un praticien et un patient. Pour trois situations, c’est une première rencontre. Nous assistons aux entretiens. Les patients se racontent de façon linéaire et leur itinéraire professionnel devient comme un mini récit de vie. Dans la dernière séquence, Viatique (ce qui apporte un soutien) il fallait apporter comme un prolongement à la parole des patients. Ce n’est alors ni un discours d’experts ni l’illustration d’une théorie mais bien une réflexion en acte, l’élaboration d’une pensée commune qui, précisant les problèmes, commence à entrevoir les réponses. Christophe Dejours est l’interlocuteur.
C’est un « film outil » qui va à l’essentiel avec l’espoir de susciter ou nourrir une réflexion, un débat public.
Bonjour, je rebondis à la lecture de votre article je vous conseille d’urgence le livre “travailler avec des cons” une bombe d’humour de realisme et plus effcace que tous les antidepresseurs ! ce livre m’a “sauvé” en quelques sorte!
on en parle beaucoup, le site de l’auteur (anonyme)que j ai trouvé en fin d’ouvrage est ici
http://www.travailleravecdescons.com
je me permets de le mettre sur ma “signature”
alex (06)
Bonjour, sans connaitre la situation de l’entreprise dont vous parlez, je voulais vous faire part d’un livre tres important pour les gens en souffrance, et qui a mis le feu !!!! fait tomber des tabous ! je l’ai lu après avoir entendu cet auteur atypique sur RTBF, le livre s’appelle “travailler avec des cons”, son auteur sous le nom de Tonvoisin Debureau denonce les harcelements de toute sorte, les comportements les plus cons qui lamine….. son site est ici
http://www.travailleravecdescons.com
le ton est leger agréable, j’ai ris à chaque page, et pris du recul par rapport aà ma propre situation, la plume est trempée dans l’acide, une vraie bombe. il s’agit d’agir avant, pas après.
Albert