Souffrance au travail : “J’ai très mal au travail”
Posté par assr38 le octobre 17, 2007
Source: http://20six.fr/plauch/art/1370397/_J_ai_mal_au_travail_et_le_rem_de_radical_pour_en_guerir
La souffrance au travail fait désormais partie des “marronniers” régulièrement ressortis par les médias : pas un jour sans que l’on nous parle de « stress » et de « harcèlement ». Pourtant, la définition de ces notions demeure encore floue, et la prise de conscience de nos sociétés, timide. Il était temps de nommer cet état de fait avec une parole claire et sans détour, émanant de tous les acteurs concernés : salariés, cadres, chefs d’entreprise, psy… : c’est chose faite, grâce au documentaire de Jean-Michel Carré : « j’ai mal au travail », diffusé le 24 octobre 2006 sur Canal +.
Carré pose d’emblée les données du problème : le management soi-disant « moderne » est encore basé sur l’idéal tayloriste de “l’homme boeuf” – entendez, derrière cette effroyable expression, la volonté farouche d’extirper toute trace d’humanité en l’homme. Avec cette différence que, désormais, les souffrances physiques qu’engendraient les cadences infernales à la chaîne sont remplacées par des souffrances psychiques, dissimulées derrière l’ambiance feutrée des bureaux. Reste à décrypter les mécanismes qui provoquent et alimentent ces souffrances.
L’enquête montre comment, pour transformer un salarié en bête de somme, l’entreprise procède à la façon des plus dangereuses sectes : elle envahit la sphère privée de l’individu, et exige un investissement de tout son être, ne laissant plus de place aux autres dimensions de sa vie. Tout est bon pour obtenir cette adhésion inconditionnelle et exclusive : participation forcée à des “séminaires de motivation” le week-end ; mode des « open space » qui grignotent peu à peu l’espace intime ; offre d’un ordinateur portable, pour rester en contact permanent avec le bureau ; et même, pour que l’imprégnation soit encore plus profonde, tatouage du logo de l’entreprise, comme Nike avec ses salariés.
Voilà donc l’homme du 21ème siècle, mutant du genre « homo economicus » réduit à sa seule dimension économique par un capitalisme totalitaire d’une dureté sans précédent dans l’histoire de l’humanité ! Et il est d’autant plus difficile à notre homo economicus d’échapper à sa condition, qu’il se trouve cerné, piégé de toutes parts : parce que l’idéologie dominante de la compétition à outrance l’exhorte à traiter l’autre comme un ennemi, et l’enferme dans une irrémédiable solitude ; parce qu’on fait de lui un être peureux et soumis, en l’humiliant en public, et en brandissant sans arrêt sous son nez la menace du chômage ; parce qu’à force de le faire travailler dans la tension permanente de l’urgence, on lui enlève le temps nécessaire à la prise de recul et à la réflexion sur sa situation. Le constat est donc bel et bien désespéré. Et pourtant…
Et pourtant, en conclusion, Jean-Michel Carré nous livre une solution d’une audace si révolutionnaire, dans son évidente simplicité, que personne encore n’a osé la mettre en œuvre : pour stopper la machine à broyer de l’humain, il suffit de ne plus la nourrir, de ne plus y apporter notre contribution ; en clair : cessons d’être les artisans de notre propre souffrance, n’oeuvrons plus à la prospérité d’une société qui veut nous nier dans ce que nous avons de plus cher : notre humanité.
Changeons nos catégories de pensées, inventons de nouveaux modes d’existence, basés sur d’autres valeurs que l’abrutissante injonction du “travaillez, consommez”… C’est si simple, tellement à la portée de tous, de dire non, juste “non”… et alors, on verrait ce monde disparaitre, s’effondrer de lui-même ! Vous pensez que c’est une folle chimère ? Peut-être… mais nul ne nous empêche de tenter l’expérience !

























Antigone : “Les travailleur-euses malades du système capitaliste : la souffrance au travail en question” « Assr38’s Weblog a dit
[...] http://assr38.wordpress.com/2007/10/17/souffrance-au-travail-jai-tres-mal-au-travail/ (’Carré pose d’emblée les données du problème : le management soi-disant « moderne » est encore basé sur l’idéal tayloriste de “l’homme boeuf” – entendez, derrière cette effroyable expression, la volonté farouche d’extirper toute trace d’humanité en l’homme. Avec cette différence que, désormais, les souffrances physiques qu’engendraient les cadences infernales à la chaîne sont remplacées par des souffrances psychiques, dissimulées derrière l’ambiance feutrée des bureaux. Reste à décrypter les mécanismes qui provoquent et alimentent ces souffrances.’) [...]