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Archive pour juin 2010

Appel à la grève générale pour le mardi 7 septembre 2010 -> http://www.7septembre2010.fr

Appel à la grève générale le 7 septembre 2010

Appel à la grève générale le 7 septembre 2010

Source: http://grenoble.indymedia.org/2010-06-30-Lettre-ouverte-a-l-intersyndicale

lettre ouverte à l’intersyndicale du 29 juin (pour une grève générale…)

Lettre ouverte à l’intersyndicale du 29 juin

Pour une grève générale jusqu’au retrait de la réforme des retraites

Comme il l’avait annoncé dés 2007,le gouvernement Sarkozy s’est attaqué sans faillir à tous les acquis sociaux populaires, notamment ceux hérités du Conseil National de la Résistance.

La réforme des retraites est le dernier grand chantier du quinquennat. Nous voulons infliger une défaite à ce gouvernement à l’occasion de la bataille qui est engagée. Il faut un coup d’arrêt, maintenant, aux politiques libérales qui détruisent notre modèle social.

Dans cette perspective, nous sommes prêts à un affrontement majeur, aux côtés de nos organisations politiques et syndicales, mais pour gagner, nous pensons que notre revendication doit être le retrait pur et simple du projet de réforme. Sarkozy doit plier devant plus déterminé que lui !

Les signataires de cette lettre s’engagent à s’organiser pour une grève générale à partir du 7 septembre et à tout faire pour qu’autour d’eux le mouvement soit suivi puis reconduit le lendemain, et les jours d’après, jusqu’au retrait et à la remise à plat complète du projet de réforme des retraites..

Il n’est plus temps de discuter. Engageons ensemble une lutte que nous prolongerons jusqu’à la victoire pour ouvrir de nouvelles perspectives politiques et remettre en marche la machine à conquêtes sociales.

Centralisation des informations sur la journée du 7 septembre :

- http://www.7septembre2010.fr

Voir aussi

- http://www.cnt-f.org/ul38/spip.php?article49 (‘GRÈVE GÉNÉRALE, POUR QUI, POUR QUOI ? La CNT appelle depuis plusieurs années à une réelle grève générale interprofessionnelle et reconductible. Que ce soit pendant les mouvements de 2003 sur les retraites, la lutte contre le CPE où les innombrables manifestations sectorielles, notre confédération travaille à l’unification des luttes.

Loin d’être des slogans ou des invocations stériles, ces appels partent d’un constat clair : l’échec des grèves sectorielles éparpillées, la multiplication et la radicalisation des attaques de l’Etat et du patronat et l’impasse dangereuse de la cogestion syndicale. Autant de réalités aujourd’hui accrues par la crise financière devenue économique et sociale.
Il est temps de renverser le rapport de force en notre faveur !

L’enjeu d’une grève générale est de permettre le retour à une situation de droits collectifs des travailleurs qui nous permette de ne plus se faire continuellement voler et au contraire acquérir de nouveaux acquis. Une grève générale qui nous permette de nouer des liens interprofessionnels forts et de reconstituer la solidarité collective laminée par la violence du capitalisme.

Une grève générale pour opposer la solution collective et la solidarité de classe aux échappatoires individualistes et au triomphe de la méritocratie et du chacun pour soi.

Une grève générale pour remettre en cause les fondements inégalitaires, liberticides et immoraux du capitalisme, en instituant des pratiques qui vont dans le sens de la satisfaction de l’intérêt général et non de quelques-uns, qui privilégie la redistribution plutôt que l’accumulation et la concentration des richesses. Qui pousse à l’auto-organisation, l’autogestion et le développement des libertés plutôt qu’à la hiérarchisation, l’autoritarisme et la course au sécuritaire.
Nous n’attendons rien de tel ou tel parti, de telle ou telle élection. Nous pensons que seules les luttes syndicales et sociales, dans un cadre unitaire mais sans compromis, peuvent mener le combat de la résistance quotidienne à l’exploitation. Des luttes syndicales à la grève générale pour imposer nos choix sur la retraite, la sécurité sociale, les services publics, le logement…

La grève générale à laquelle nous appelons n’est pas un slogan mais pose les conditions pour que les travailleurs/travailleuses et leurs organisations syndicales assument enfin le rapport de force face au patronat et construire dès aujourd’hui les fondements d’une émancipation collective.’)

Police partout, justice nulle part : communiqué du lundi 21 juin de la CNT 38 suite à la manifestation du 1er mai 2010 à Grenoble

Police partout justice nulle part

Police partout justice nulle part

Lundi 21 juin 2010, 14h00 : après un premier report du délibéré, le Tribunal demande un complément d’information, ce qui aboutira à un nouveau procès le 8 septembre 2010.

La CNT s’interroge sur les raisons de ce nouveau procès, sachant que face à la totale vacuité de l’accusation la seule réponse possible était la relaxe pure et simple de notre camarade.

Face à l’acharnement judiciaire et policier, nous réaffirmons notre totale solidarité avec notre camarade, et dénonçons la pression maintenue sur notre organisation et ses militant-e-s.


Noam Chomsky (syndicaliste IWW) : Occupation des lieux de travail par les travailleurs, autogestion, Caterpillar,… reprise des usines

Source: http://www.chomsky.fr/entretiens/20091119.html

VO : ZNet, 19 novembre 2009

VF : CHOMSKY.fr, 27 avril 2010

Traduction : Cédric Louvet pour CHOMSKY.fr

Interview menée par Diane Krauthamer

Cette interview a été réalisée le 9 Octobre 2009, au bureau du Professeur Noam Chomsky au MIT (Massachusetts Institute of Technology) à Cambridge (Massachusetts, USA). Cette interview a été éditée pour des raisons de longueur et de clarté (pour la version en anglais). Pour l’écouter l’interview dans son intégralité, vous pouvez envoyer un email à iw@iww.org ou aller sur le site internet http://www.authoritysmashers.wordpress.com.

DK: Je voudrais débuter cette interview avec une discussion sur la crise économique et comment les travailleurs peuvent faire face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Dans votre récent article “Crise et espoir: Les leurs et les notres” (“Crisis and Hope: Theirs and Ours”), qui a été publié dans la Boston Review, vous dites que “la crise financière sera sans doute rafistolée d’une manière ou d’une autre, tout en laissant plus ou moins en place les institutions qui l’ont créée”. À cet égard, on a pu observer récemment une recrudescence d’actions militantes liées à l’industrie au sein des lieux de travail, principalement à travers l’Europe, et aussi en Amérique du Nord. Comme vous le savez, “Republic Windows and Doors Factory” a été la première occupation d’usine aux Etats-Unis depuis les années 30.

NC: Non, pas vraiment, puisque la grève de 1979 contre U.S. Steel à Youngstown, Ohio était une occupation – et en fait, c’est un modèle qui devrait vraiment être pris comme exemple aujourd’hui. En plus de la grève, ils ont essayé de faire que la force de travail et les communautés reprennent les usines abandonnées que U.S. Steel était en train de démanteler. Le combat juridique qui a suivi a été mené par l’avocat du syndicalisme radical Staughton Lynd. Ils n’ont pas gagné devant les tribunaux, mais ils auraient pu gagner, et ils auraient eu suffisamment de soutien. Cela aurait pu avoir une grande portée.

DK: Ceci m’amène à m’interroger sur la réaction des travailleurs face aux licenciements massifs. J’ai l’impression qu’ils privilégient une mentalité d’épicier, des petits gains, sans réfléchir à plus long terme à une évolution de l’organisation des travailleurs en auto-gestion.

NC: C’est ce que IWW (Industrial Workers of the World) devrait faire: fournir cette étincelle. Vous avez raison, c’est un sujet sensible. Mais la même chose était vraie à propos des sit-in (“sit-down strikes”) dans les années 30. La raison pour laquelle les sit-in provoquaient tant d’effroi au sein des équipes dirigeantes c’est qu’ils savaient qu’un sit-in était juste l’étape qui précédait la reprise de l’usine.

DK: J’ai l’impression qu’en ce moment nous marquons des points et nous accumulons de la force et du pouvoir, mais le reste du mouvement travailliste américain ne saisit pas que nous sommes très sérieux. C’est un exercice très difficile de partir de ce que nous faisons actuellement pour aller vers une véritable intégration dans un mouvement de travailleurs plus large aux Etats-Unis, ce qui est important si nous voulons offrir cette étincelle.

NC: Les États-Unis sont différents de l’Europe et d’autres pays industrialisés à cet égard. Les États-Unis sont, d’une façon démesurée, une société gérée par le monde des affaires, le “business”. Il y a toutes sortes de raisons qui l’expliquent – il n’y a pas de passé féodal, donc les institutions qui sont restées en place en Europe ne le sont pas restées ici. Il y a beaucoup de raisons à cela. Mais la réalité c’est que les Etats-Unis sont dirigés par une classe affairiste dévouée, particulièrement consciente des différences de classes, qui a une histoire très violente avec le monde du travail, bien pire qu’en Europe. Les attaques contre les syndicats ont été beaucoup plus extrêmes ici, et elles ont été bien plus victorieuses. De plus, la propagande du monde des affaires a été bien plus réussie. La propagande anti-syndicat a été considérablement plus efficace ici qu’en Europe, même parmi les gens qui bénéficieraient du travail des syndicats. En fait, un aspect assez frappant de la propagande menée par la classe des affaires aux Etats-Unis est la diabolisation du gouvernement, qui a démarré après la Seconde Guerre Mondiale.

La seconde guerre mondiale s’est achevée avec une radicalisation de la population aux Etats-Unis et partout ailleurs, et a provoqué toutes sortes de choses comme des prises de contrôle populaires, l’interventionnisme gouvernemental, et des reprises d’usines par les travailleurs. Le monde des affaires a lancé une extraordinaire offensive de propagande. A une échelle qui m’a surpris quand j’ai lu les études académiques à ce sujet – c’est prodigieux, et cela été très efficace. Il y avait deux cibles principales: l’une était les syndicats, l’autre était la démocratie. Pour eux la démocratie signifie amener les gens à considérer le gouvernement comme une force étrangère qui les vole et les oppresse, mais pas comme leur gouvernement. Dans une démocratie, cela serait votre gouvernement. Par exemple, dans une démocratie, le jour où vous payez vos impôts, le 15 avril (aux Etats-Unis), cela devrait être une journée festive, parce-que vous vous rassemblez pour apporter des ressources aux programmes que vous avez choisis. Aux États-Unis, c’est un jour de deuil parce-que cette force étrangère – le gouvernement – vient vous voler l’argent que vous avez durement gagné. C’est l’attitude générale, et c’est une extraordinaire victoire pour les opposants à la démocratie, et bien-sûr, n’importe quel secteur privilégié va détester la démocratie. Vous pouvez voir ça dans le débat sur le système de soins médicaux.

La majorité de la population pense que si c’est le gouvernement qui organise le système de soins médicaux, ils vont prendre leur liberté. Au même moment, l’opinion publique est en faveur d’un programme national de soins médicaux. La contradiction reste en quelque sorte en suspens. Dans le cas de la propagande du monde des affaires, c’est particulièrement ironique parce-que le “business” veut que la population haïsse le gouvernement mais il veut également qu’elle l’aime. C’est à dire qu’ils sont en faveur d’un état très puissant qui travaille dans leur intérêt. Donc vous devez aimer ce gouvernement, mais détester le gouvernement qui pourrait travailler dans votre intérêt et que vous pourriez contrôler. C’est un effort de propagande intéressant, mais il a très bien été accompli. Vous pouvez le voir dans le culte de Reagan qui le décrit comme quelqu’un qui nous a sauvé du gouvernement. En réalité c’était un apôtre du gouvernement fort. Le gouvernement s’est renforçé pendant Reagan. Il était le président le plus fortement opposé aux marchés libres dans l’histoire de l’après-guerre. Mais la réalité n’est pas très importante, ils ont concocté une image à laquelle vous devez vouer un culte. C’est difficile de réaliser cela, surtout dans une société libre, mais ça été fait, et c’est le genre de chose contre laquelle les militants de IWW doivent se battre, dans la vie de tous les jours. Ce n’est pas très simple, mais cela a déjà été fait.

DK: Vous avez dit que le monde des affaires est très conscient des différences de classes. Pouvez-vous développer ce propos?

NC: Tout ce que vous avez à faire c’est de lire la littérature, la presse, du monde des affaires. Dans les années trente, ils étaient très effrayés et très préoccupés que le pouvoir croissant des masses puisse être un danger pour les industriels. Ils ont appliqué à la lettre la rhétorique marxiste, en changeant juste les valeurs. Les archives montrent qu’ils parlaient constamment des masses, le danger qu’elles posaient, et comment les contrôler. Ils comprenaient ce qu’ils faisaient, et ils étaient très conscients des différences de classes. Ils appuyaient les politiques qui favorisaient leurs intérêts. Par exemple, l’industrie des assurances et les grosses banques sont totalement euphoriques en ce moment – dans les pages business ils ne le cachent même pas – parce-qu’ils ont réussi à sortir de la crise encore plus forts qu’ils ne l’étaient avant, et dans une meilleure position pour poser les bases de la prochaine crise. Mais ça leur est égal, parce-qu’ils seront à nouveau sauvés. C’est la conscience des classes accompagnée d’une vengeance.

DK: Au sujet de comment le monde des affaires utilise la propagande. Je dirais qu’ils utilisent plus la propagande que les tactiques violentes pour casser les syndicats. Seriez-vous d’accord ?

NC: Pendant longtemps, après la Seconde Guerre Mondiale, quand il y avait un soutien fort en faveur des travailleurs, c’était fait de façon subtile. Mais depuis Reagan, c’est fait de façon ouverte. Reagan détestait profondément les syndicats et il voulait les voir détruits. Ça a commencé avec la grève des contrôleurs du ciel et ça a continué ensuite. L’administration Reagan a fait savoir au monde des affaires qu’ils n’allaient pas respecter les lois du travail. Le nombre de licenciements illégaux a triplé pendant les années Reagan. C’était du temps où vous pouviez commençer à voir apparaître ces sociétés spécialisées dans les méthodes de destruction des syndicats. Ils n’en font pas un secret, et ils ont toutes sortes de techniques pour que les équipes dirigeantes puissent détruire les syndicats. Quand Clinton est arrivé, cela a été un petit peu plus modéré, mais Clinton avait un autre moyen pour casser les syndicats qui s’appelait l’ALENA [Accord de Libre Echange Nord Américain] (NAFTA [North America Free Trade Agreement]). Puisque le gouvernement était vidé des ses lois, les employeurs pouvaient se servir de l’ALENA pour menacer les syndicats de délocalisation. C’est illégal mais quand vous avez un gouvernement dépourvu de loi, ça ne compte pas que cela soit illégal. Je crois que le nombre d’offensives des syndicats qui ont été bloquées a augmenté de 50 pourcent. Une part de la législation de l’ALENA nécessitait des études sur les pratiques du travail, et il y a eu une vraiment bonne étude d’un historien du travail qui est sortie à propos de l’utilisation de l’ALENA pour affaiblir et détruire les syndicats. Cela se passait pendant les années Clinton, et ensuite bien-sûr Bush… dont nous n’avons même pas besoin de parler. Mais c’est avec Reagan que l’attaque contre les syndicats s’est vraiment faite ouvertement. Ce n’était plus le temps des Pinkertons (agents payés pour infiltrer et casser les mouvements syndicaux), mais il s’agissait juste de ne plus appliquer les lois.

DK: On observe beaucoup cela dans l’IWW, surtout dans le syndicat des travailleurs de Starbucks, contre lequel Starbucks met en place une propagande anti-syndicat à la fois de façon interne, au sein même de l’entreprise, et aussi de façon externe. Beaucoup de ce qu’ils font consiste à dire aux travailleurs qu’ils n’ont pas besoin de syndicat.

NC: Ils sont bien mieux sans, c’est la position de Whole Foods.

DK: C’est ça, ils utilisent la position du devoir social des entreprises (“Corporate Social Responsability”), et c’est en grande partie très efficace.

NC: Ça l’est.

DK: Alors comment pourrions-nous, en tant que syndicat petit et indépendant, travailler pour combattre ce type de propagande?

NC: Vous devez juste permettre aux gens de s’organiser et leur dire la vérité. Il n’y aucun tour de magie là-dedans. Vous savez, parfois c’est assez incroyable. En fait, j’ai mentionné un exemple assez saisissant à ce propos dans “Crise et Espoir”, qui était le cas de Caterpillar au début des années 1990. Caterpillar était vraiment important parce-que c’était la première industrie de manufacture qui a utilisé les techniques “Reaganites” pour casser les grèves. Ils ont illégalement fait appel à des briseurs de grève pour casser une grève importante. Cela été assez bien couvert par le Chicago Tribune, qui a fait remarquer quelque chose de très intéressant. Ils disaient que les travailleurs avaient très peu de soutien à Peoria quand les briseurs de grève ont cassé la grève, et c’était particulièrement frappant parce-que la communauté entière avait été construite par le syndicat – c’était une communauté basée sur le syndicat. Mais au moment crucial, la communauté n’a pas soutenu le syndicat. C’est assez intéressant à propos d’Obama, parce-qu’Obama était supposé être un organisateur de la communauté à Chicago à ce moment là. Je suis sûr qu’il lisait le Chicago Tribune, donc il était au courant, mais quand il est allé montrer sa solidarité avec les travailleurs, le premier endroit où il est allé a été Caterpillar. Je ne pense pas qu’il a oublié, et le mouvement des travailleurs n’a pas réagi. Même les historiens du syndicalisme radical ne s’en sont pas souvenus. C’était il y a 15 ans seulement, après tout, mais c’est un véritable triomphe de la propagande.

C’est beaucoup de travail de reconstruire une forte offensive syndicale, mais cela s’est déjà produit. Dans les années 1920 le mouvement des travailleurs était presque complètement anéanti. Et bien dans les années 1930, ça avait repris vie et c’était devenu assez radical. Des choses peuvent se passer, mais elles n’arrivent pas par elles-mêmes. A l’époque, il y avait le Parti Communiste qui était au coeur des mouvements pour les droits civiques, pour les travailleurs et ainsi de suite, mais c’était quelque chose d’autre qui permettaient ces mouvements. Ce n’est pas leur culte de la Russie qu’il vous faut, mais à l’intérieur du pays ils ont plutôt fait de bonnes choses. Je me souviens assez bien de cela de mon enfance parce-que la plupart des membres de ma famille étaient syndiqués.

DK: Votre père faisait parti de l’IWW, n’est-ce pas?

NC: Il faisait parti de l’IWW… mais vous voulez connaître la vérité? [rires]

DK: Oui.

NC: Il est arrivé en tant qu’immigrant et il ne savait pas du tout parler anglais. Il est allé travaillé dans un “sweat shop” à Baltimore. Il m’a dit plus tard qu’il y avait un type qui était dans le coin et qui semblait soutenir les travailleurs, donc il s’est inscrit. Il se trouve que ce type était un organisateur de l’IWW [rires]. Mon père n’a pas regretté s’être inscrit; il ne comprenait juste vraiment pas ce qu’il se passait.

DK: Dans quel type d’industrie était-il?

NC: Je ne sais même pas si j’ai jamais su [rires] – un “sweatshop” à Baltimore. Je savais des autres membres de ma famille que certaines des femmes étaient dans le syndicat “Ladies’ Garment Workers” et que les hommes travaillaient dans des ateliers ou des choses comme ça. Moi j’étais à Philadelphie, mais la famille était à New York. Je pouvais voir ce que le syndicat faisait pour eux. Il leur a vraiment sauvé la vie. J’avais deux tantes célibataires qui étaient couturières, et qui étaient bien-sûr au chômage dans les années 1930, mais le syndicat leur a donné une vie. Elles partaient deux ou trois semaines dans la campagne dans une structure du syndicat, et elles suivaient des programmes éducatifs et toutes sortes de choses. Il y avait une vie, vous savez, une véritable communauté. Et elles étaient membres du Parti Communiste – elles n’en avaient rien à faire de la Russie, c’était les États-Unis qui les intéressait.

DK: A ce sujet, j’essaye de réfléchir à ce que l’avenir réserve au mouvement syndical et à l’IWW. De façon plus générale, si vous aviez un conseil à donner aux futures générations de “Wobblies” (nom familier donné aux adhérents du syndicat IWW) – surtout en ces temps de grandes difficultés financières que nous endurons et que nous continuerons très probablement d’endurer pendant longtemps dans le monde occidental – Quel serait-il?

NC: Je reçois beaucoup de lettres de gens. Quand je serai de retour chez moi ce soir, j’aurai 15 lettres envoyées par des gamins qui n’aiment pas ce qui se passe et qui voudraient faire quelque chose, et ils me demandent des conseils sur ce qu’ils devraient faire, ou si je peux leur dire quoi lire ou quelque chose d’autre. Ça ne marche pas comme ça. Tout dépend beaucoup de qui vous êtes, quelles sont vos valeurs, quels sont vos engagements, dans quelles circonstances vous vivez et quels sont les choix que vous êtes prêt à faire, et c’est tout cela qui détermine ce que vous devez faire. Il y a des idées très générales que les gens peuvent garder en tête; ce sont en quelque sorte des truismes. Ils ne valent la peine d’être mentionnés que parce-qu’ils sont constamment reniés.

Tout d’abord, ne croyez rien de ce que vous entendez des systèmes de pouvoir. Donc, si Obama ou le chef des journaux ou n’importe qui d’autre vous dit qu’ils sont en train de faire une chose ou une autre, ignorez-la ou considérez que l’inverse est vrai, ce qui est souvent le cas. Vous devez compter sur vous-même et vos partenaires – les cadeaux ne viennent pas d’en haut; vous devez les gagner ou vous ne les aurez pas, vous gagnez par la lutte, cela requiert une compréhension et une analyse sérieuse des possibilités et des circonstances, et ensuite vous pouvez faire beaucoup.

Regardez par exemple en ce moment, il y a une montée de la droite populiste. C’est très habituel, même au sein de la gauche, de simplement les tourner en ridicule, mais ce n’est pas la bonne réaction. Si vous êtes attentif à ces gens et si vous les écoutez dans les émissions de radio, ce sont des gens avec des plaintes bien fondées. J’écoute beaucoup les émissions de discussion à la radio et c’est assez intéressant. Si vous pouvez en quelque sorte mettre en veilleuse votre connaissance du monde et juste pénétrer dans le monde de ces gens qui lancent leurs messages, alors vous pouvez les comprendre. Je n’ai jamais vu d’étude à ce sujet, mais mon avis c’est que ce sont des gens qui sont vraiment fâchés. Ces gens pensent: “J’ai tout fait comme il fallait dans ma vie, je suis un Chrétien très religieux, je suis blanc, je suis un homme, j’ai travaillé dur, et je possède une arme. Je fais tout ce que je suis supposé faire. Et je me fais avoir.” Et dans les faits ils sont font réellement avoir. Depuis 30 ans, leurs salaires ont stagné ou baissé, les conditions sociales se sont dégradées, les enfants deviennent fous, il n’y a pas d’écoles, il n’y a rien, il doit donc y avoir quelqu’un qui leur fait subir cela, et ils veulent savoir qui. Et bien Rush Limbaugh a trouvé une réponse – ce sont les riches libéraux qui sont à la tête des banques et au gouvernement, et qui bien-sûr dirigent les médias, et ils se fichent bien de vous – ils veulent juste tout céder aux immigrants illégaux, aux gays, aux communistes et ainsi de suite.

La réaction que nous devrions avoir face à eux n’est pas de les ridiculiser, mais plutôt de faire une auto-critique. Pourquoi ne sommes-nous pas en train de les organiser ? C’est nous qui devrions les organiser, pas Rush Limbaugh. Il y a des analogies dans l’histoire, qui ne sont pas parfaites bien-sûr, mais assez proches pour être inquiétantes. C’est un relent de l’Allemagne Nazie. Hitler séduisait des groupes de gens qui avaient des problèmes similaires et il leur donnait des réponses démentielles, mais au moins c’était des réponses; ces gens ne recevaient de propositions de nulle part ailleurs. Donc le problème c’était les Juifs et les Bolcheviques.

Les démocrates libéraux ne vont pas dire aux américains moyens: “ Ouais, vous vous faites avoir à cause des politiques que nous avons mises en place depuis des années et que nous continuons aujourd’hui”. Ce n’est pas une réponse. Et ils ne vont pas trouver de réponse venant de la gauche. Il y a donc une cohérence interne et logique au fait qu’ils écoutent Limbaugh, Glenn Beck, et les autres types comme eux. Ils sont très convaincants, très sûrs d’eux, et ils ont réponse à tout – une réponse folle, mais c’est une réponse. Et c’est notre faute si ça continue. Donc, s’il y a une chose à faire c’est de ne pas tourner ces gens en ridicule, de se rapprocher d’eux, de discuter de leur véritables problèmes et leur donner une réponse sensée comme: “reprenez vos usines”.

Tract CNT : contre-réformes des retraites 2010 : le hold-up du patronat qui se prépare !

juin 22, 2010 3 commentaires

Source: http://www.cnt-f.org/ul38/spip.php?article46

Les femmes doublement victimes des contre-réformes !

Les femmes doublement victimes des contre-réformes !

“2 actifs d’aujourd’hui produisent quasiment autant de richesses que 3 actifs de 1983. Le bon repère n’est donc pas la baisse du nombre d’actifs par retraité, mais la quantité de richesse produite et l’affectation de son produit. Car de 1983 à aujourd’hui la part des retraites dans le PIB n’a augmenté que de deux points, passant de 10,3 % à 13 % du PIB. Et elle a donc augmenté moins vite que la productivité des actifs…la part des profits dans les richesses produites a augmenté d’environ 9 points depuis 30 ans au détriment des salaires. Ce déplacement de 9 points du partage de la valeur ajoutée en défaveur du travail représente chaque année l’équivalent de 120 milliards d’euros Le problème du financement des retraites se résume donc à un problème de partage de la richesse créée…Les gains de productivité ont été massivement captés par le capital alors qu’ils auraient dû contribuer à financer les retraites et à faire progresser les salaires. C’est la contraction de la masse salariale qui compromet le financement des retraites. Depuis 1982, les salaires ont perdu 8 à 10 points dans le partage de la richesse créée ! Si cette richesse n’avait pas été perdue par les salariés, on n’aurait aucun mal à financer aujourd’hui les retraitesLes pensions de droit direct sont en moyenne deux fois moins élevées pour les femmes (782 euros par mois en 2004) que pour les hommes (1 617 euros)…Repousser l’âge de départ la retraite sous prétexte de « sauver » le système des retraites est particulièrement hypocrite quand on sait que les entreprises mettent au placard leurs salariés âgés et qu’au moment d’accéder à la retraite, 60% des salariés affiliés au régime général ne sont plus dans l’emploi, licenciés, en préretraite ou trop cassés par le travail pour pouvoir continuer à travailler...Les économies faites ainsi par le patronat sur le dos des précaires ont eu une double conséquence : continuer de vider les caisses (casser la solidarité sociale) et priver les précaires de leur droit à la retraite (puisqu’ils ne cotiseront jamais suffisamment)

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PETIT RAPPEL… Des années décisives, notre système de retraite en a déjà connu depuis 1993 : 1995, 2000 (pour les retraites complémentaires du secteur privé), 2003… Mais 2010 sera de nouveau une année décisive car le gouvernement et le Medef ne sont pas encore arrivés à leurs fins, comptant bien utiliser une nouvelle fois le pseudo-argument du déficit pour aller encore plus loin dans leur contre-réforme de notre système de retraite.

17 ans de contre réformes :

  • L’offensive de l’Etat et du patronat a commencé en 1993, en plein mois d’août lorsqu’Edouard Balladur et Simone Veil firent voter leur loi contre le système de retraite par répartition du secteur privé. La durée de cotisation passait de 37,5 à 40 annuités. Le calcul du salaire de référence servant au calcul de la retraite s’allongeait des 10 aux 25 meilleures années. Le montant des retraites n’était plus indexé sur les salaires mais sur les prix. Faute de réactions syndicales, en 1994 et 1996, le patronat faisait subir aux retraites complémentaires du secteur privé une régression de même ampleur que celle qui avait été imposée aux retraites de base par la loi Balladur-Veil.
  • En 1995, Juppé commit (du point de vue de la droite) une lourde erreur. Il s’attaqua à la fois aux retraites de la Fonction publique et à celles des régimes spéciaux (SNCF, RATP, EDF-GDF…) Il lui fallut ravaler ses 40 annuités.
  • En 2003, Fillon ne commit pas la même erreur, il s’attaqua uniquement aux salariés de la Fonction publique et jura, la main sur le coeur, que les salariés relevant des régimes spéciaux n’étaient pas concernés par l’allongement de la durée de cotisation. Malgré des millions de manifestants et près de six mois de luttes, le mouvement social fut battu et se vit imposer les 40 annuités de cotisation pour qu’un salarié puisse bénéficier d’une retraite de base à taux plein. Cette défaite historique, dont la CFDT n’est pas la seule responsable, les directions bureaucratiques des syndicats y prenant largement leur part, devait inciter le pouvoir à continuer ses attaques :
  • En 2007, le gouvernement remettait cela et imposait les 40 annuités aux salariés des régimes spéciaux. Aujourd’hui, c’est tout le salariat que le patronat et ses alliés comptent attaquer de front ! Ils n’ont pas atteint leur double objectif. Le premier de leurs objectifs est de bloquer le niveau des cotisations retraites là où il se trouve et financer un nombre de retraités qui va doubler entre 2000 et 2040 avec les mêmes ressources ! À l’évidence, à ressources égales, le déficit des régimes de retraites s’accroît. C’est pourquoi le pouvoir met en avant d’autres « solutions », bien évidemment de régression sociale (allongement de la durée de cotisation, remise en cause du départ à 60 ans,…). Le deuxième objectif patronal est de faire reculer suffisamment la retraite par répartition pour faire une place de choix aux fonds de pension et ne plus laisser à un financement socialisé tout un champ d’accumulation qu’il veut voir revenir au capital. La paupérisation des retraités permet ainsi au patronat de faire main basse sur le magot en proposant ses « solutions » c’est-à-dire en forçant les salariés à se tourner vers une épargne individuelle en achetant des actions pour compléter leur pension. C’est ainsi que, suite au dernier recul de 2003, furent créés dès 2004 les PERP, fonds de pension à la française. Ce champ d’accumulation particulièrement juteux pour le capital n’offre en revanche aucune garantie pour les salariés. Ce système, inégalitaire dans son principe même puisque l’on épargne en fonction de ses moyens, est profondément risqué. Au Royaume-Uni, les adhérents d’un fonds de pension ne retrouvent que 50 % des sommes qu’ils ont versées sur leurs fonds. Les 50 % restants s’étant évanoui en frais de gestion divers et en dividendes pour les actionnaires ! De même ceux d’ENRON, qui ont tout perdu du jour au lendemain peuvent témoigner de la sécurité sur l’avenir que cela donne ! C’est oublier aussi que le système par répartition a été mis en place après-guerre suite à l’échec du système par capitalisation viagère pendant la crise de 1929.

AUTRE RAPPEL : Le salaire socialisé, la retraite par répartition, c’est quoi ? Réaffirmer la validité du système de cotisation sociale, dont les « difficultés « invoquées par le gouvernement pour le réformer sont en réalité dues aux reculs imposés au salariat.

La cotisation sociale, partie intégrante du salaire

La cotisation sociale, partie intégrante du salaire

1) La cotisation sociale, partie intégrante du salaire.

Un employeur fait deux versements, l’un au salarié qu’il emploie

  • le salaire direct, composante individuelle ou salaire net au bas de la feuille de paye -l’autre aux caisses de Sécurité sociale -Assedic, retraite, etc.
  • sous forme de cotisations sociales proportionnelles au salaire direct : c’est la composante collective, le salaire indirect ou salaire socialisé.

Le salaire socialisé permet la reconnaissance sociale de toutes les situations des travailleurs et de prendre en compte les aléas de la vie. Qu’ils soient actifs, précaires, chômeurs, retraités, tous font partie de la population des salariés, le chômeur indemnisé étant ainsi un salarié demandeur d’emploi, le retraité, un salarié pensionné.

La cotisation sociale fait donc partie intégrante du salaire. Réduire la cotisation sociale, sous prétexte de soulager les « charges » de l’entreprise, c’est réduire le salaire ! Elle n’est pas un prélèvement ou une charge, ni un impôt, ni une taxe, ni une épargne, ni une assurance mais du salaire !

Salaire défini en référence à un barème, un tarif négocié au sein des conventions collectives, basé sur une grille de classification et non pas sur les résultats de l’entreprise. Cette cotisation sociale, répartie entre la part du salarié et la part dite patronale, représente 40 % du salaire brut. Versée aux caisses, elle est immédiatement transformée en prestations sociales. Elle établit clairement le fait qu’à chaque instant, c’est le travail productif qui produit la valeur qui finance la protection sociale, dont les retraites. C’est donc le salaire socialisé qui, en France, finance la protection sociale. Le financement de la protection sociale par la cotisation sociale a prouvé l’efficacité d’une gestion solidaire des richesses créées par le travail, c’est pourquoi la classe dominante veut l’abattre.

La retraite par répartition qu’elle induit est révolutionnaire dans son principe car elle démontre l’inutilité de l’accumulation financière pour financer les pensions, et ouvre la perspective d’une gestion solidaire, démocratique et non capitaliste par et pour les travailleurs.

Un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salariés... mesure révolutionnaire ?

Un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salariés... mesure révolutionnaire ?


Un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux salariés… mesure révolutionnaire ?

Dans une entreprise, les richesses créées par le travail des salariés actifs apparaissent comptablement dans la « valeur ajoutée ». Pour l’essentiel, celle-ci se ventile entre les salaires directs, les cotisations sociales, l’amortissement des investissements, le profit non investi et distribué aux actionnaires sous forme de revenus financiers. Malheureusement, le rapport de force défavorable de ces vingt dernières années a conduit à un résultat édifiant : la part des profits dans les richesses produites a augmenté d’environ 9 points depuis 30 ans au détriment des salaires. Ce déplacement de 9 points du partage de la valeur ajoutée en défaveur du travail représente chaque année l’équivalent de 120 milliards d’euros. De plus ces données ne rendent pas compte de l’augmentation des inégalités car la part allouée aux salaires comprend les très hauts salaires des dirigeants d’entreprises, qui ont augmenté plus vite que le salaire moyen.

Ils se retrouvent, non pas dans les investissements, mais dans les revenus distribués, alimentant la bulle financière et créant précisément les conditions de la dernière crise systémique du capitalisme. Il ne faut pas chercher plus loin la cause des problèmes de financement de la protection sociale, dont les retraites, qui ne rencontre pas d’autres limites que celles qui lui sont imposées par le recul salarial.

De fait, la retraite par répartition n’a pas besoin d’être « réformée », mais défendue en :

  • augmentant les cotisations sociales !
  • augmentant la part des salaires dans la valeur ajoutée au détriment des profits !

Réduire la cotisation sociale, sous prétexte de soulager les « charges » de l’entreprise, c’est réduire le salaire ! Elle n’est pas un prélèvement ou une charge, ni un impôt, ni une taxe, ni une épargne, ni une assurance mais du salaire !

C’est pourquoi la CNT considère qu’il faut rassembler l’ensemble des salariés sur la base d’un retrait de l’ensemble des contre-réformes depuis 1993 pour gagner la bataille sociale décisive qui permettra de gagner les suivantes (salaires, emploi, partage des richesses…)

La pression démographique : une manipulation idéologique.

La pression démographique : une manipulation idéologique.

La pression démographique : une manipulation idéologique.

On nous dit que le ratio actifs/retraités est passé de 3 à la fin des années 1970, autour de 2 aujourd’hui. Horrible ! Et il va descendre à moins de 1,5 en 2050. Catastrophe ! Le prétexte est toujours le même, relayé par les médias : les caisses sont vides !

  • D’une part le déficit actuel de 11 milliards annoncé par le gouvernement suffirait à être comblé si l’on renonçait simplement aux allègements de cotisations sociales concédées au patronat pour le seul régime général : 28 milliards d’euros en 2007...
  • D’autre part les perspectives d’aggravation du déficit dues à la crise actuelle n’ont de sens que si on raisonne à ressources constantes. Le pseudo-argument du déficit, déjà faux lors des précédentes réformes, devient particulièrement indécent quand on sait qu’on a su trouver les milliards nécessaires pour sauver le système bancaire. Ce n’est pas à nous, salariés, chômeurs et retraités de payer une deuxième fois la crise au prétexte d’une aggravation des déficits.

Et le nombre des retraités ?

Autre tableau d’apocalypse ! Selon l’INSEE il devrait augmenter de près de 63 % entre 2006 et 2050. On passerait de 13 millions de retraités en 2007 à 21 millions en 2050 ! Ils finiraient par nous faire regretter de voir les gens ne pas mourir utilement à l’âge où leur présence ne pèse pas encore sur les comptes. Restons zen ! L’augmentation du nombre des retraités vient d’abord de l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du baby-boom, c’est-à-dire les personnes nées entre 1945 et 1975 : le papy boum ! Peut-on faire remarquer que cet effet est nécessairement limité dans le temps ? Il faut bien mourir et personne n’y échappe. Donc suivez la bosse démographique dans le temps et vous verrez que pour finir la mort la dégonfle. Ainsi, si selon les prévisions du COR (Conseil d’orientation des retraites) la hausse du nombre de retraités serait rapide jusque vers 2035, entre 2036 et 2040 commenceront à arriver à la retraite les classes « creuses », enfants des baby boomers ! Le nombre de nouveaux retraités diminuera alors fortement et d’un coup.

EN VÉRITÉ Où EST LE PROBLÈME ?

Moins nombreux mais plus productifs !

Moins nombreux mais plus productifs !

Moins nombreux mais plus productifs !

Les comparaisons des faiseurs de panique ne tiennent pas compte de la hausse de la productivité des actifs. Un actif de 1983 produisait bien moins de richesses qu’un actif de 2010 n’en crée à présent.

Depuis 1983 et l’instauration de la retraite à 60 ans, la richesse créée par chaque actif a augmenté de 30 % en euros constants.

Cela signifie que 2 actifs d’aujourd’hui produisent quasiment autant de richesses que 3 actifs de 1983. Le bon repère n’est donc pas la baisse du nombre d’actifs par retraité, mais la quantité de richesse produite et l’affectation de son produit. Car de 1983 à aujourd’hui la part des retraites dans le PIB n’a augmenté que de deux points, passant de 10,3 % à 13 % du PIB. Et elle a donc augmenté moins vite que la productivité des actifs. Ce repère n’est pas cité par beaucoup de “spécialistes”. Tout se passe comme si la quantité de richesses produite dans le pays allait stagner.

Alors il faudrait calculer à montant de richesse constant au cours des 40 prochaines années ! C’est absurde ! Pour les 40 années à venir, le COR prévoit un doublement du PIB passant de 2000 milliards aujourd’hui à 4000 milliards. Et il s’agit d’euros réels, constants, hors inflation. C’est une masse fantastique.

Pour faire face à l’augmentation du nombre de retraités tout en annulant les contre-réformes qui ont frappé nos retraites depuis 1993, il faudrait augmenter de 6 points la part du PIB affectée au financement de nos retraites. 6 points de PIB en 2050, cela représente environ 230 milliards d’euros. Inutile de s’évanouir ! Avec une augmentation de 2000 milliards à cette date cela laisserait encore 1670 milliards d’euros pour augmenter les salaires directs, les cotisations maladies ou réduire le temps de travail ! Encore faut-il que les gains de productivité ne soient pas accaparés par le patronat.

Le partage des richesses, clefs du financement.

Le partage des richesses, clefs du financement.

Le partage des richesses, clefs du financement.

Le problème du financement des retraites se résume donc à un problème de partage de la richesse créée. Les gains de productivité ont été massivement captés par le capital alors qu’ils auraient dû contribuer à financer les retraites et à faire progresser les salaires. C’est la contraction de la masse salariale qui compromet le financement des retraites.

Depuis 1982, les salaires ont perdu 8 à 10 points dans le partage de la richesse créée ! Si cette richesse n’avait pas été perdue par les salariés, on n’aurait aucun mal à financer aujourd’hui les retraites, compte tenu de la masse de cotisations supplémentaires que génèrerait une hausse de la masse salariale.

De toute évidence, l’obstination a toujours faire des comptes pour le futur en oubliant l’augmentation de la richesse est une autre façon d’annoncer que cette richesse supplémentaire est destinée a devenir des profits plutôt que des salaires ou des pensions !

Les femmes doublement victimes des contre-réformes !

Les femmes doublement victimes des contre-réformes !

Les femmes doublement victimes des contre-réformes !

Les travaux du COR ont mis en évidence les profondes inégalités entre hommes et femmes face à la retraite. Les pensions de droit direct sont en moyenne deux fois moins élevées pour les femmes (782 euros par mois en 2004) que pour les hommes (1 617 euros). Même en intégrant les droits dérivés (les pensions de réversion), les pensions des femmes restent inférieures de 38 % à celles des hommes (1636 euros pour les hommes et 1020 pour les femmes). Ces inégalités de pensions reproduisent les inégalités constatées sur le marché du travail : salaires inférieurs, carrières moins longues et discontinues. Mais les réformes de 1993 et 2003 ont considérablement accru ces inégalités, parce que l’allongement de la durée de cotisation et la prise en compte des « 25 meilleures années » dans le privé pénalisent les carrières courtes, le recours au temps partiel, les contrats précaires, les fins de carrière au chômage ou à temps incomplet, et dévalorisent davantage les pensions féminines.

Le rapport du COR montre que ces inégalités sont appelées à perdurer, malgré la forte montée de l’activité féminine et des droits à pension qui y sont associés. En effet, l’accroissement de l’activité féminine est dû au temps partiel (en équivalent temps plein les taux d’activité des femmes stagnent, voire baissent pour les générations nées en 1960), et les différences de salaire entre hommes et femmes ont cessé de se réduire.

Les risques de paupérisation des femmes retraitées concernent en premier lieu les femmes qui ne vivent pas en couple au moment de leur retraite, et dont le nombre progresse fortement du fait de l’évolution des modèles conjugaux (montée des divorces et du célibat). Ce phénomène est mis en valeur par l’arrivée à l’âge de la retraite de générations qui ont été affectées par ces évolutions, et qui le seront de plus en plus.

Le recul de l’age de la retraite : inefficace et injuste !

Le recul de l’age de la retraite : inefficace et injuste !

Le recul de l’age de la retraite : inefficace et injuste !

Le recul de l’âge de la retraite par le report de l’âge légal du départ ou le relèvement de la durée de cotisations ne résout nullement le problème financier. Le COR a calculé en 2008 que le report de l’âge légal à 61,5 ans ne couvrirait que le tiers des besoins de financements supplémentaires en 2020 et à peine 9 % en 2050 !

En revanche, ce qui est sûr, c’est que repousser l’âge de la retraite reviendrait à diminuer encore le montant des pensions. Repousser l’âge de départ la retraite sous prétexte de « sauver » le système des retraites est particulièrement hypocrite quand on sait que les entreprises mettent au placard leurs salariés âgés et qu’au moment d’accéder à la retraite, 60% des salariés affiliés au régime général ne sont plus dans l’emploi, licenciés, en préretraite ou trop cassés par le travail pour pouvoir continuer à travailler.

D’autant que la discontinuité de l’emploi, la masse des contrats aidés et des emplois partiels ont permis aux patrons d’économiser encore des cotisations servant à payer, entre autre, les retraites.

Les économies faites ainsi par le patronat sur le dos des précaires ont eu une double conséquence : continuer de vider les caisses (casser la solidarité sociale) et priver les précaires de leur droit à la retraite (puisqu’ils ne cotiseront jamais suffisamment). Une récente étude réalisée par la Commission européenne a ainsi confirmé qu’avec les contre-réformes qui ont déjà eu lieu le taux de remplacement devrait passer de 79% en 2006 à 63% en 2046, soit une chute de 16,5 points !

On mesure mieux ce que valent les airs d’outrage au bon sens de ceux qui moquaient la revendication du maintien des 37,5 annuités de cotisation ! Le passage à 40 annuités n’a donc servi à (presque) rien pour l’équilibre des comptes mais il a massacré combien de gens ? Aujourd’hui, le gouvernement veut continuer dans cette voie et certains se précipitent déjà vers la table de négociations.

LA SOLUTION C’EST LE PARTAGE DES RICHESSES PRODUITES !

LA SOLUTION C’EST LE PARTAGE DES RICHESSES PRODUITES !

Il n’ y a rien à négocier ! Abrogation immédiate de toutes les contre-réformes depuis 1993 !

Age du départ à la retraite à taux plein à 60 ans et 55 ans pour les salariés ayant effectué des travaux pénibles !
- Retour aux 37,5 annuités ! (Public /Privé)
- Indexation des pensions sur les salaires !
- Garantie d’un taux de remplacement de 75% du salaire brut (calcul sur la base des 6 meilleurs mois ) !
- Pas de pension inférieure au SMIC !
- Refus des retraites par capitalisation
- Exclusion du patronat des instances de gestion des organismes de solidarité
- gestion des organismes de solidarité par les salariés eux-mêmes.


LA SOLUTION C’EST LE PARTAGE DES RICHESSES PRODUITES !


Noam Chomsky :”Le rôle de l’intellectuel radical – quelques réflexions personnelles”

Chomsky auto-défense intellectuelle

Chomsky auto-défense intellectuelle

Source: http://www.chomsky.fr/exposes/20100408.html

VO : Exposé à l’occasion du A.E. Havens Center’s Award for Lifetime Contribution to Critical Scholarship, 8 avril 2010

VF : CHOMSKY.fr, 8 juin 2010

Traduction : Cédric Louvet pour CHOMSKY.fr

Je n’ai pas besoin de dire combien je suis ravi et reconnaissant pour cet honneur, qui offre également l’occasion de jeter un regard sur les années passées. Ce qui me vient à l’esprit le plus nettement ce sont les dernières années, peut-être parce-que j’y ai beaucoup pensé ces derniers temps, pour d’autres raisons. Elles ont été, bien-sûr, des années très formatrices pour moi personnellement, mais je crois que leur importance va malheureusement bien au-delà.

Je suis juste assez vieux pour avoir des souvenirs des discours d’Hitler à la radio il y a 75 ans. Je ne comprenais pas les mots, mais je pouvais facilement saisir la menace du ton et les acclamations de la foule. J’ai écrit mon premier article politique en février 1939, juste après la chute de Barcelone. Je suis sûr qu’il n’avait rien de mémorable. Je m’en souviens beaucoup moins que de l’ambiance de peur et d’appréhension qui régnait. L’article commençait avec ces mots: “L’Autriche tombe, la Tchécoslovaquie tombe, et maintenant Barcelone tombe” – et l’Espagne avec, quelques mois après. Les mots me sont toujours restés à l’esprit, tout comme l’angoisse, la perception des nuages sombres du fascisme se rassemblant sur l’Allemagne, puis l’Europe et peut-être au-delà, une force grandissante d’une inimaginable horreur. Bien que personne ne pouvait prévoir la Shoah (“Holocaust”), la Nuit de Cristal (“Kristallnacht”) avait eu lieu juste quelques semaines auparavant et la fuite désespérée des réfugiés s’était accentuée au fil des ans, beaucoup d’entre eux incapables de croire ce qui était en train de se passer.

Au cours de ces années j’avais également eu ma première expérience avec des intellectuels radicaux – bien qu’ils ne seraient pas appelés “intellectuels” selon la définition standard, qui s’applique à des gens avec statut et privilège qui bénéficient d’une position leur permettant d’atteindre le public avec leurs réflexions sur les affaires humaines et leurs préoccupations. Et puisque le privilège confère une responsabilité, la question qui se pose toujours est de savoir comment utilisent-ils cette responsabilité sujets très vivants durant ces années à travers les travaux d’Erich Fromm, Russell et Dewey, Orwell, Dwight 
MacDonald, et d’autres que j’allais connaître bientôt. Mais les intellectuels radicaux de mon enfance étaient différents. C’étaient des personnes de ma famille, des travailleurs, à New York, pour la plupart au chômage pendant la dépression, bien qu’un oncle, qui était handicapé, avait un kiosque à journaux grâce aux mesures du New Deal et pouvait ainsi soutenir une grosse partie de la famille. Mes parents pouvaient aussi aider, à plus petite échelle. En tant que professeurs d’hébreu à Philadelphie, ils avaient cette chance rare de travailler, donc nous avions un flot constant de tantes et de cousins qui vivaient avec nous périodiquement.

Les membres de ma famille de New York avaient une éducation scolaire limitée. Mon oncle, qui s’occupait du kiosque à journaux et qui a eu une énorme influence sur ma jeunesse, n’était pas allé au delà du CM1 (“fourth grade”). Mais ce fut l’un des cercles intellectuels les plus vivants dont j’ai pu faire partie, au moins en périphérie en tant qu’enfant. Il y avait des discussions sans fin à propos de la dernière représentation du Quatuor à Cordes de Budapest, les polémiques entre Stekel et Freud, les politiques radicales et l’activisme, qui atteignait alors des sommets impressionnants. Les sit-in étaient particulièrement importants, juste une étape avant la reprise des usines par les travailleurs et le changement radical de la société – des idées qui devraient être très vivantes aujourd’hui.

Tout en étant un facteur majeur des mesures du New Deal, l’activisme grandissant des travailleurs a fait naître une forte inquiétude dans le monde des affaires. Ses personnalités éminentes mettaient en garde contre “le risque auquel font face les industriels avec le soulèvement politique des masses,” et insistaient sur le besoin d’intensifier “l’éternelle bataille pour gagner l’esprit des hommes,” et d’instituer des programmes afin de venir à bout de cette menace à l’ordre et à la discipline, mis de côté pendant la guerre, mais repris ensuite avec un dévouement et une ampleur extrêmes. Les États-Unis se démarquent particulièrement des autres sociétés industrielles par l’existence d’une communauté d’affaires hautement consciente des différences de classes, combattant sans relâche dans une cruelle guerre de classes, avec des niveaux extraordinaires de violence durant dans les années précédentes, et plus récemment au travers d’offensives de propagande de masse.

Certains de mes parents étaient proches du Parti Communiste, d’autres étaient profondément anti-communiste et de gauche ; et certains, comme mon oncle, étaient anti-Bolchevique et bien plus à gauche. Parmi ceux proches du parti, alors qu’il y avait une obéissance rituelle à la Russie, j’avais le sentiment que l’essentiel du débat c’étaient les droits civiques et le mouvement de travailleurs, la réforme du système de protection sociale et un vrai désir de changement social. Le parti était une force qui n’anticipait pas de victoires rapides, mais qui était toujours présent, prêt, persévérant, dévoué à initier une nouvelle lutte après une défaite provisoire, quelque chose qu’il nous manque vraiment de nos jours. Le parti était aussi lié à un mouvement plus large d’éducation des travailleurs et d’associations et, de façon non négligeable, c’était une opportunité pour mes tantes couturières au chômage de passer une semaine à la campagne dans un camps de l’ILGWU (International Ladies’ Garment Workers’ Union) ou faire d’autres sorties pour échapper à ce qui aurait dû être une sinistre réalité, bien que je m’en souvienne depuis ma propre expérience personnelle – qui a bien-sûr ses limites – comme une époque qui était pleine d’espoir, bien au contraire d’aujourd’hui où les conditions sont de fait bien moins terribles.

En 1941, je passais autant de temps que je pouvais dans le centre de Manhattan, gravitant autour d’un autre groupe d’intellectuels radicaux dans les petites librairies sur la 4ème Avenue tenues par des réfugiés anarchistes de la révolution espagnole de 1936, ou au bureau du journal anarchiste Freie 
Arbeiter Stimme (“La Voix du travailleur libre”) près d’Union Square. Eux aussi ne correspondaient pas à la formule standard définissant les intellectuels. Mais si par ce terme on veut décrire des gens qui réfléchissent sérieusement à la vie et à la société, à leurs problèmes et les solutions possibles, sur un arrière plan de savoir et de compréhension, alors c’étaient en effet des intellectuels, et plutôt impressionnants. Ils étaient assez contents de passer du temps avec un gamin qui était fasciné par la révolution anarchiste de 1936, que je pensais alors, et que je pense toujours, avoir été l’un des sommets de la civilisation occidentale et quelque part un repère pour un avenir meilleur. J’ai recueilli beaucoup de documents que j’ai utilisés 30 ans plus tard quand j’écrivais sur le sujet, pour la plupart non publiés à l’époque.

Parmi ces archives remarquables, il y avait un recueil de documents traitant de la collectivisation, publié en 1937 par la CNT (“Confederación nacional del trabajo”) le syndicat anarchosyndicaliste qui célèbre son centenaire cette année (1910-2010). Il est une contribution qui me reste à l’esprit depuis, faite par des paysans du village de Membrilla. Je voudrais la citer en partie :

Dans les misérables huttes de Membrilla vivent les pauvres habitants d’une pauvre province; huit mille personnes, mais les rues ne sont pas pavées, la ville n’a pas de journaux, pas de cinéma, ni même un café ou une librairie… La nourriture, les habits et les outils étaient distribués équitablement à la population entière. L’argent était aboli, le travail collectivisé, tous les biens passaient par la communauté, la consommation était socialisée. Ce n’était néanmoins pas la richesse qui était socialisée mais la pauvreté… La population entière vivait intégrée dans de grandes familles ; les fonctionnaires, les délégués, les secrétaires des syndicats, les membres du conseil municipal, tous élus, agissaient comme des chefs de famille. Mais ils étaient contrôlés, parce-que les privilèges ou la corruption n’étaient pas tolérés. Membrilla est peut-être le village le plus pauvre d’Espagne mais c’est le plus juste.

Ces mots, pronconcés par un des plus pauvres paysans du pays, capte avec une rare éloquence les réalisations et les promesses de la révolution anarchiste. Les réalisations ne sont pas sorties de nulle part bien-sûr. C’était le résultat de plusieurs décennies de lutte, d’expérience, de répression brutale – et d’apprentissage. Le concept de savoir comment une société juste devrait être organisée était dans l’esprit de la population quand l’opportunité est arrivée. L’expérience de la création d’un monde de liberté et de justice a été écrasée bien trop tôt par les forces combinées du fascisme, du Stalinisme et de la démocratie libérale. Les centres majeurs de pouvoir avaient très bien compris qu’ils devaient s’unir afin de détruire cette menace dangereuse à la subordination et à la discipline avant de se tourner vers la tâche secondaire de démembrer les restes.

Des années plus tard, j’ai pu parfois assister en première ligne à la vie de gens pauvres endurant une répression brutale et de la violence – dans les bidonvilles misérables de Haïti au sommet de la terreur dans le milieu des années 90, soutenue par Washington, bien que les faits soient toujours étouffés et hautement pertinents au regard des tragédies actuelles. Ou dans les camps de réfugiés au Laos, où des dizaines de milliers de gens étaient regroupés, jetés de leurs maisons par une armée de mercenaires de la CIA après des années à essayer de survivre dans des grottes sous un bombardement acharné qui n’avait rien à voir avec la guerre au Viêt Nam, une des plus graves atrocités de l’histoire moderne, encore largement inconnue et tuant toujours beaucoup de gens à cause d’un territoire saturé de munitions non-explosées. Ou en Palestine et en Turquie du sud-est et beaucoup d’autres endroits. Parmi ceux-là, la Colombie du sud est particulièrement importante à mes yeux pour des raisons personnelles, où des “campesinos” (ouvriers agricoles), des indigènes et des Afro-Colombiens sont expulsés de leurs terres dévastées par la terreur et la guerre chimique, appelée ici “fumigation”, comme si d’une certaine façon nous avions le droit de détruire d’autres pays sous des prétextes que nous fabriquons – des gens capables d’une sympathie et d’une humanité miraculeuses, malgré une souffrance atroce pour laquelle nous jouons un rôle majeur, pendant que nous regardons dans une autre direction – pas à Madison cependant, grâce au travail du groupe de soutien de la Colombie.

Une des choses que j’avais apprise dans les librairies et les bureaux anarchistes il y a 70 ans c’était que j’avais eu tort de croire que la chute de Barcelone en 1939 avait sonné la mort de la liberté en Espagne. Cela avait eu lieu deux ans auparavant,  en mai 1937, quand la classe ouvrière industrielle avait été écrasée par la répression menée par les Communistes et les armées Communistes à travers toute la campagne détruisant les collectivités, avec l’aide des démocraties libérales et avec Hitler et Mussolini attendant en coulisse – une immense tragédie pour l’Espagne, même si cela n’a pas été la victoire que les prédateurs avait anticipée.

Quelques années après, je suis parti de la maison pour faire mes études à Harvard, où j’ai eu ma première expérience avec l’élite du monde intellectuel. En arrivant, je suis allé à la traditionnelle réception organisée par les professeurs pour les nouveaux étudiants et je suis tombé sur un philosophe éminent qui m’affirmait que la Dépression n’avait pas eu lieu. C’était une fabrication des libéraux. Il n’y avait pas eu de mendiants frappant en désespoir à nos portes au début des années 30, pas de femmes ouvrières battues par les forces de sécurité au cours d’une grève dans une usine de textile devant laquelle je passais en tramway avec ma mère à l’âge de cinq ans environ, mes parents de la classe ouvrière au chômage n’avaient pas existé non plus. Quelques hommes d’affaire avaient peut-être souffert, mais rien de plus que ça.

J’ai appris ensuite que cela était loin d’être une exception, mais je ne veux pas suggérer que c’était typique des intellectuels de Harvard. La plupart étaient des libéraux du type Stevenson, des gens qui applaudissaient quand Stevenson disait aux Nations Unies que nous devions défendre le Viêt Nam contre  une “agression interne”, un “assaut de l’intérieur”, comme le Président Kennedy le disait. Ce sont des phrases qu’on entend encore aujourd’hui, par exemple, dimanche dernier, dans le New York Times, où on lisait qu’après la conquête de Marja dans la province d’Helmand, les Marines s’étaient heurtés à une identité Talibane si dominante que le mouvement ressemble plus à la seule organisation politique dans une ville à parti unique, avec une influence qui touche tout le monde. “Nous devons réévaluer notre définition du mot ‘ennemi’” a dit Brig. Gen. Larry Nicholson, commandant de la brigade expéditionnaire de Marines dans la Province de Helmand. “La plupart des gens s’identifient comme Talibans… Nous devons réajuster notre façon de penser de manière à ce que nous n’essayions pas de chasser les Talibans de Marja, mais que nous essayions de chasser l’ennemi,” a-t-il dit.

Il est un problème qui a toujours tourmenté les conquérants, et qui est très familier aux États-Unis pendant la guerre du Viêt Nam, où l’éminent spécialiste du gouvernement des États-Unis, dans un ouvrage encensé de part et d’autre, déplorait que l’ennemi de l’intérieur était le seul “véritable parti politique de masse au Sud-Viêt Nam” et que tous nos efforts pour rentrer politiquement en compétition seraient perdus d’avances, donc nous devions vaincre cette force politique en utilisant notre avantage comparatif, la violence – ce que nous avons fait. D’autres ont dû faire face à des problèmes similaires : par exemple, les Russes en Afghanistan dans les années 80, une invasion qui a aussi provoqué le scandale que nous provoquons pour les crimes de nos ennemis. Le spécialiste du Moyen-Orient William Polk nous rappelle que les Russes “ont gagné de nombreuses victoires et au travers de leurs programmes d’action civique ils ont pu conquérir de nombreux villages” – et en fait, comme nous le savons de source fiable, ils ont créé une paix substantielle à Kaboul, particulièrement pour les femmes. Mais, pour continuer avec Polk, “tout au long de leur décennie d’engagement, les Russes ont gagné presque toutes les batailles et ont littéralement occupé à un point ou à un autre le moindre centimètre du pays, mais ils ont perdu… la guerre. Quand ils ont abandonné et sont partis, les Afghans ont repris leur mode de vie traditionnel.”

Les dilemmes auxquels font face Obama et McChrystal ne sont pas vraiment les mêmes. Les ennemis que les Marines essayent de chasser de leurs villages n’ont quasiment aucun soutien de l’extérieur. Les envahisseurs Russes, de façon très différente, faisaient face à une résistance qui recevaient le soutien vital des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et du Pakistan, qui enrôlaient les fondamentalistes Islamiques radicaux les plus extrêmes qu’ils pouvaient trouver – incluant ceux qui terrorisaient les femmes à Kaboul – et les armaient avec des armes perfectionnées, tout en faisant avancer le programme d’islamisation radicale du Pakistan, encore un des cadeaux de Reagan au monde, comme les armes nucléaires du Pakistan. Le but de ces opérations américaines n’était pas de défendre l’Afghanistan. Cela a été clairement expliqué par le chef de la CIA à Islamabad, qui s’occupait des opérations. Le but était de “tuer des soldats Russes.” Il se vantait qu’il “aimait” ce “noble objectif,” rendant très clair, selon ses mots, que “la mission n’était pas de libérer l’Afghanistan,” qui ne nous intéressait pas en soi. Je suis sûr que vous connaissez les vantardises du même acabit proférées par Zbigniew Brzezinski.

Au début des années 60, j’étais fortement impliqué dans des activités anti-guerre. Je ne rentrerai pas dans les détails, bien qu’ils nous en disent beaucoup sur le climat intellectuel, notamment dans le monde libéral de Boston. En 1966, mon propre engagement était suffisamment important pour que ma femme retourne à l’université afin d’obtenir un diplôme supérieur 17 ans plus tard à cause de la probabilité d’une longue peine de prison – que j’ai évité de justesse. Le jugement avait déjà été annoncé, mais annulé après l’offensive du Têt, qui avait convaincu le monde du business que la guerre devenait trop coûteuse et, de toute façon, que les objectifs majeurs de la guerre avaient été atteints – une autre histoire que je ne développerai pas. Après l’offensive du Têt et le changement dans la politique officielle, il se trouvait soudainement que tout le monde avait été un opposant de la première heure à la guerre – dans un profond silence. Les biographes de Kennedy ont réécrit leurs compte-rendus afin de présenter leur héros comme une colombe – absolument pas dérangés par les révisions radicales ou par la multitude de documents et de preuves démontrant que JFK envisageait un retrait d’une guerre qu’il savait impopulaire à l’intérieur du pays, seulement après qu’une victoire eût été assurée.

Même après l’offensive du Têt, les doutes allaient croissant dans ces cercles, non pas à propos des notions sentimentales de bien et de mal que nous réservons pour les crimes des ennemis, mais au sujet des chances de succès de repousser l’”assaut de l’intérieur”. Un paradigme pourrait être représenté par les réflexions d’Arthur Schlesinger lorsqu’il commençait à être préoccupé par le fait que la victoire ne soit finalement pas à portée de main. Comme il le dit, “nous prions tous” pour que les faucons aient raison et que la montée en puissance militaire apporte la victoire. Et si c’est le cas, nous honorerons la “sagesse et la qualité du pouvoir étatique” du gouvernement des États-Unis dans la victoire militaire, tout en laissant “le pays tragiquement ravagé et dévasté par les bombes, brûlé par le napalm, transformé en une terre à l’abandon par la défoliation chimique, une terre de ruines et de carcasses,” avec ses “structures politiques et institutionnelles” pulvérisées. Mais l’escalade militaire ne réussira probablement pas et se montrera trop coûteuse pour nous-mêmes, donc peut-être que la stratégie devrait être repensée.

Très peu de choses ont changé aujourd’hui quand Obama est salué comme un opposant de premier plan à l’invasion de l’Irak parce-que c’était une “erreur stratégique”, des mots qu’on aurait également pu lire dans la Pravda dans le milieu des années 80. La mentalité impériale est profondément ancrée.

C’est triste à dire, mais pas faux, qu’au sein du spectre dominant les impérialistes libéraux sont “les gentils.” Une probable alternative est révélée par les plus récents sondages. Presque la moitié des votants disent que leurs opinions sont en moyenne plus proches du “Tea Party” que du président Obama, qu’une minorité préfère. Il y a une cassure intéressante. Quatre-vingt sept pour cent des membres de la soit-disant “Classe Politique” disent que leurs opinions sont plus proches de celles d’Obama. Soixante-trois pour cent de ce qu’on appelle “les Américains Moyens” disent que leurs opinions sont plus proches du “Tea Party”. Sur quasiment tous les problèmes, les électeurs font plus confiance aux Républicains qu’aux Démocrates, et ceci significativement. Une autre évidence c’est que ces sondages révèlent un déni de confiance plutôt qu’une marque de confiance. Le niveau de colère et de peur dans le pays n’est en rien comparable à ce dont je peux me souvenir dans ma vie entière. Et depuis que les Démocrates sont au pouvoir, le dégoût envers le monde social-économique-politique se rapporte à eux.

Malheureusement, ces attitudes sont compréhensibles. Pendant 30 ans, les revenus moyens ont stagné ou décliné pour la majorité de la population, les indicateurs sociaux se sont progressivement détériorés depuis le milieu des années 70 après avoir suivi de près la croissance durant les années précédentes, les heures de travail et la précarité ont augmenté avec l’endettement. La richesse s’est accumulée, mais dans très peu de poches, menant à une inégalité probablement record. Tout ceci est, en grande partie, la conséquence de la financiarisation de l’économie depuis les années 70 et de l’effondrement de la production intérieure. Ce que les gens voient se dérouler sous leurs yeux, c’est que les banquiers qui sont les premiers responsables de la crise actuelle et qui ont été sauvés de la banqueroute par l’argent public se réjouissent maintenant de profits records et d’énormes bonus, pendant que le chômage officiel reste à environ 10 pour cent et que dans l’industrie de la manufacture il atteint des niveaux de dépression, de 1 chômeur pour 6 actifs, avec de fortes probabilités de non-retour à un bon emploi. Les gens ont raison de demander des réponses et ils n’en obtiennent pas, sauf de la part de ceux qui racontent des fables qui ont une certaine cohérence interne, mais seulement si vous mettez de côté votre scepticisme et entrez dans leur monde d’irrationalité et de malhonnêteté. Tourner en ridicule les manigances du “Tea Party” est une grave erreur, je pense. Il serait bien plus pertinent de comprendre ce qu’il y a derrière elles et de se demander pourquoi des gens légitimement en colère sont mobilisés par l’extrême droite et non pas par des forces telles que celles qui faisaient ce travail dans ma jeunesse, au temps de la formation du CIO [“Congress of Industrial Organizations” – fédération de syndicats créée dans les années 30] et d’autres formes constructives d’activisme.

Pour prendre juste un exemple du fonctionnement réel de la démocratie des marchés, les institutions financières qui étaient le soutien majeur d’Obama, sont devenue si dominantes que leurs profits dans l’économie, représentant quelques pour-cent dans les années 70, atteignent aujourd’hui presque le tiers. Ils ont préféré Obama à McCain et ont ainsi acheté l’élection pour lui. Ils s’attendaient à être récompensés et ils l’ont été. Mais il y a quelques mois, en réagissant à la montée du mécontentement de la population, Obama a commencé à critiquer les “banquiers avares” qui avaient été sauvés par les forces publiques et a même proposé des mesures contraignantes. Cet écart a été puni très rapidement. Les grandes banques ont clairement annoncé qu’elles détourneraient leurs aides financières vers les Républicains si Obama s’obstinait dans sa rhétorique insultante.

Obama a entendu le message. En quelques jours, il a informé la presse des affaires que les banquiers sont des “types” biens. Il a rendu un hommage appuyé aux présidents de deux institutions importantes bénéficiaires des largesses publiques, JP Morgan Chase et Goldman Sachs et a garanti au monde des affaires que “comme la majorité des américains, je ne dénigre pas la réussite ou la richesse des gens” – telles que les bonus et les profits qui exaspèrent la population. “Cela fait parti du système du marché libre,” a continué Obama, de façon assez juste en somme, puisque le concept de “marché libre” est interprété dans la doctrine du capitalisme d’État.

Ceci ne devrait pas être une grande surprise. Cet incorrigible radical Adam Smith, en parlant de l’Angleterre, observait que les principaux architectes du pouvoir étaient les propriétaires de la société, les marchands et les fabricants à son époque, et qu’ils s’assuraient que les politiques servaient scrupuleusement leurs intérêts, quelle que soit la “souffrance” infligée au peuple d’Angleterre, et, pire, aux victimes de “l’injustice sauvage des Européens” à l’étranger. Les crimes britanniques en Inde étaient une préoccupation majeure d’un conservateur bien-pensant avec des valeurs morales, une catégorie que Diogène pourrait chercher de nos jours.

Une version moderne et plus sophistiquée de la maxime de Smith est “la théorie de l’investissement en politique” (“investment theory of politics”), de l’économiste politique Thomas Ferguson, qui considère les élections comme des occasions pour des groupes d’investisseurs de se rassembler pour le contrôle de l’État en sélectionnant les architectes des politiques qui serviront leurs intérêts. Il se trouve qu’il s’agit d’un très bon indice pour prédire les politiques sur de longues périodes. Cela ne devrait pas être surprenant. Les concentrations du pouvoir économique chercheront naturellement à étendre leur influence sur tout processus politique. C’est extrêmement développé aux États-Unis, comme je l’ai mentionné.

Il y a ces jours-ci des discussions très animées pour savoir si, ou à quel moment, les États-Unis céderont leur position dominante dans les affaires à la Chine et à l’Inde, les puissances mondiales montantes. Il y a une part de vérité dans ses lamentations. Mais à part des idées fausses au sujet de la dette, des déficits et de l’état actuel de la Chine et de l’Inde, les débats se basent sur une sérieuse erreur de jugement à propos de la nature du pouvoir et de son exercice. Et dans les travaux académiques et les discours publics, il est courant de considérer que les acteurs des affaires internationales sont des États en quête d’un objectif mystérieux appelé “intérêt national”, indépendants de la distribution interne du pouvoir. Adam Smith avait un regard plus aiguisé et son truisme radical fournit un rectificatif très utile. En le gardant en tête, on peut voir qu’il y a en effet un déplacement global du pouvoir, mais pas celui qui occupe le devant de la scène: un déplacement plus poussé de la force de travail vers le capital transnational, s’intensifiant brusquement durant les années néolibérales. Le coût est considérable, incluant les travailleurs aux États-Unis, des paysans affamés en Inde et des millions de travailleurs protestataires en Chine, où la part du travail dans le revenu national décline encore plus rapidement que dans la plupart des autres pays du monde.

L’économiste politique Martin Hart-Landsberg observe que la Chine joue en effet un rôle essentiel dans le déplacement global réel du pouvoir, en étant largement devenue une usine d’assemblage pour un système de production régionale. Le Japon, Taïwan et d’autres économies avancées d’Asie exportent des pièces détachées et des composants vers la Chine et fournissent la majeure partie de la technologie de pointe. La force de travail chinoise l’assemble et l’exporte. Par exemple, une étude de la “Sloan Foundation” a estimé que pour un iPod de 150 dollars exporté à partir de la Chine, environ 3 pour cent de sa valeur est ajoutée en Chine, mais cela est tout de même considéré comme une exportation chinoise. Une grande préoccupation est apparue au sujet de la hausse du déficit commercial des États-Unis avec la Chine, mais on remarque moins que le déficit commercial avec le Japon et le reste de l’Asie a fortement diminué, alors que le nouveau système de production régionale se met en place. Un communiqué du Wall Street Journal concluait que si la valeur ajoutée est correctement calculée, le véritable déficit commercial entre les États-Unis et la Chine se réduirait de 30 pour cent, alors que le déficit commercial des États-Unis avec le Japon augmenterait de 25 pour cent. Les fabricants américains suivent la même logique, ils fournissent des pièces détachées et des composants à la Chine pour qu’elle les assemble et les exporte, de retour vers les Etats-Unis pour la plupart. Pour les institutions financières, les géants de la grande distribution, les propriétaires et les équipes dirigeantes des industries manufacturières et les secteurs étroitement liés à ce réseau de pouvoir, tout ceci est divin. Pas pour les travailleurs Américains, mais comme Smith le faisait remarquer, leur destin n’est pas la préoccupation des “principaux architectes de la politique”.

C’est vrai qu’il n’y a rien de fondamentalement nouveau dans le processus de dés-industrialisation. Les propriétaires et les directeurs recherchent naturellement les coût de main d’œuvre les plus bas ; les efforts pour faire autrement, de façon célèbre par Henry Ford, ayant été anéantis par les tribunaux, c’est désormais une obligation légale. Un moyen est le déplacement de la production. Auparavant, le déplacement était essentiellement interne, surtout vers les états du sud, où la main d’œuvre pouvait être durement réprimée. Les plus grosses sociétés, comme l’”US steel corporation” du philanthrope vénéré Andrew Carnegie, pouvaient aussi profiter de la nouvelle force de travail-esclave créée par la criminalisation des noirs après la fin de la reconstruction en 1877, une pièce maîtresse de la révolution industrielle Américaine, qui continua jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Cela a été reproduit en partie pendant la récente période néolibérale, avec la guerre contre la drogue utilisée comme un prétexte pour ramener la population superflue, majoritairement noire, dans les prisons, et en fournissant également une nouvelle source de main d’œuvre carcérale dans les prisons d’état ou privées, pour l’essentiel en violation des conventions internationales du travail. Pour beaucoup d’afro-Américains, puisqu’ils ont été exportés dans les colonies, la vie n’a pratiquement jamais quitté l’étau de l’esclavagisme, ou parfois pire. Plus récemment, le déplacement se fait majoritairement à l’étranger.

Pour en revenir aux accusations contre les “banquiers avares”, pour être juste, nous devrions admettre qu’ils ont une défense valable. Leur tâche est de maximiser les profits et les parts de marché; en fait, c’est leur obligation légale. S’ils ne le font pas, ils seront remplacés par quelqu’un qui le fera. Ce sont des faits institutionnels, comme le sont les inefficacités inhérentes du marchés qui leur demandent d’ignorer le risque systémique : la probabilité que les transactions qu’ils effectuent vont faire du mal à l’économie en général. Ils savent très bien que ces politiques vont probablement asphyxier l’économie, mais ces externalités, comme on les appelle, ce ne sont pas leurs affaires, et elles ne peuvent pas l’être, non pas parce-que ce sont des gens méchants, mais pour des raisons institutionnelles. Il est également injuste de les accuser d’”exubérance irrationnelle,” pour emprunter à Allan Greenspan sa brève reconnaissance des réalités pendant le boom technologique artificiel de la fin des années 90. Leur exubérance et la prise de risque était plutôt rationnelle, lorsque l’on sait que quand tout s’écroule, ils ont la possibilité de se réfugier à l’abri de l’état-nounou, tout en se cramponnant à leurs copies d’Hayek, Friedman et Rand. La politique d’assurance du gouvernement est l’un des nombreux encouragements qui amplifient les inefficacités inhérentes du marché.

En résumé, ignorer le risque systémique est une propriété institutionnelle inhérente et les encouragements pervers sont une application de la maxime de Smith. Encore une fois, rien de très nouveau.

A la suite du dernier désastre, des économistes importants ont accepté l’idée qu’un “consensus émergent” s’était développé sur la base d’une “nécessité d’une supervision macro-prudentielle” des marchés financiers, c’est à dire “prêter attention à la stabilité du système financier comme un tout et pas juste par ses composantes individuelles” (Barry Eichengreen, un des analystes et historiens les plus respectés du système financier). Deux éminents économistes internationaux rajoutent ceci, “il y a une reconnaissance croissante que notre système financier court à sa perte. A chaque fois qu’il chute, nous comptons sur des rentrées d’argent et des politiques fiscales laxistes pour le sauver. Cette réponse enseigne ceci au secteur financier : prenez des paris insensés pour être grassement payés et ne vous occupez pas des coûts – ils seront pris en charge par les contribuables au travers de sauvetages et autres méthodes et le système financier “sera ainsi ressuscité pour, à nouveau, parier – et encore échouer.” Le système est un “cercle vicieux,” selon les paroles de l’officiel de la Banque d’Angleterre, responsable de la stabilité financière.

D’une façon générale, la même logique s’applique ailleurs. Il y a un an, le monde des affaires a admis que les compagnies d’assurance et l’industrie pharmaceutique, au plus grand mépris du public, réussira ou plutôt a réussi à détruire la possibilité d’une réforme significative du système de santé – un sujet sérieux, pas seulement pour les gens qui souffrent du système de santé dysfonctionnel, mais également pour des raisons économiques précises. A peu près la moitié du déficit sur lequel on nous dit de nous lamenter est attribuable à des dépenses militaires sans précédents, en hausse sous Obama, et la plupart du reste aux coûts croissants d’un système de santé privatisé virtuellement non régulé, unique dans le monde industriel, unique aussi pour ses cadeaux aux compagnies pharmaceutiques – un système auquel un bon 85 pour-cent de la population est opposé. En août dernier, la couverture de Business Week célébrait la victoire de l’industrie des assurances santé. Bien-sûr, il n’y pas de victoire suffisante, donc ils ont poursuivi la lutte, gagnant plus, toujours contre la volonté d’une large majorité du public, une autre histoire intéressante que je dois mettre de côté.

En observant cette victoire, l’American Petroleum Institute, soutenu par la Chambre du Commerce et les autres grands lobbies, ont annoncé qu’ils utiliseraient le modèle des campagnes de l’industrie de la santé pour intensifier leurs efforts massifs de propagande afin de convaincre le public de mettre de côté leurs préoccupations à propos du réchauffement climatique anthropogénique. Cela a été réalisé avec grand succès; ceux qui croient en ce canular libéral se sont réduits à à peine un tiers de la population. Les dirigeants qui se dédient à cette tâche savent aussi bien que le reste d’entre nous que le canular libéral est vrai et que les perspectives sont moroses. Mais ils remplissent leur rôle institutionnel. Le destin de l’espèce est une externalité qu’ils doivent ignorer, dans la mesure où les systèmes de marchés dominent.

Une des plus claires et émouvantes manifestations de l’humeur du public que j’ai vues a été écrite par Joseph Andrew Stack, qui a écrasé sont petit avion dans un immeuble de bureaux à Austin, Texas, il y a quelques semaines, en se suicidant. Il a laissé un manifeste expliquant ses actions. Cela a été surtout tourné en ridicule, mais mérite bien mieux, je pense.

Le manifeste de Stack retrace l’histoire d’une vie qui l’a mené à cet acte désespéré. L’histoire débute quand il était étudiant adolescent, avec trois fois rien pour vivre à  Harrisburg, PA (Pennsylvanie), près du cœur de ce qui avait été un grand centre industriel. Sa voisine était une femme de plus de 80 ans, survivant grâce à de la nourriture pour chat, la veuve d’un travailleur métallurgiste retraité. Son mari avait travaillé toute sa vie dans les aciéries du centre de la Pennsylvanie avec des promesses du monde des affaires et du syndicat que, pour ses 30 années de service, il toucherait une pension et des soins médicaux à sa retraite. A la place, il a fait parti des milliers de personnes qui n’ont rien eu parce-que l’équipe dirigeante incompétente de l’aciérie et le syndicat corrompu (sans parler du gouvernement) ont raflé leurs fonds de pensions et ont volé leur retraites. “Tout ce qu’elle avait pour vivre c’était la sécurité sociale” (citation) ; et Stack aurait pu ajouter qu’il y a eu des efforts continus et concertés par les super riches et leurs alliés politiques pour que même cela soit retiré par des moyens frauduleux. Stack décida alors qu’il ne pouvait pas faire confiance au milieu des affaires et qu’il deviendrait indépendant, seulement pour découvrir qu’il ne pouvait pas faire confiance à un gouvernement qui ne se préoccupait absolument pas des gens comme lui mais uniquement des riches et des privilégiés, ou d’un système légal dans lequel, selon ses mots, “il y a deux ‘interprétations’ pour chaque loi, une pour les très riches et une pour le reste d’entre nous.” Ou d’un gouvernement qui nous laisse avec “la plaisanterie que nous appelons le système médical Américain, incluant les compagnies pharmaceutiques et d’assurance [qui] assassinent des dizaines de milliers de gens par an,” avec des soins largement rationnés en fonction de la richesse, pas du besoin. Tout cela dans un ordre social dans lequel “une poignée de voyous et de malfrats peuvent commettre des atrocités impensables… et lorsque vient le moment ou leur poule aux œufs d’or s’écrase sous le poids de leur gloutonnerie et leur accablante stupidité, la force de l’ensemble du gouvernement fédéral n’a aucune difficulté à leur venir en aide en quelques heures, si ce n’est en quelques minutes.” Et bien plus encore.

Stack nous dit que son acte final désespéré représentait un effort pour montrer qu’il y a des gens prêts à mourir pour leur liberté, dans l’espoir de tirer les autres de leur torpeur. Cela ne me surprendrait pas s’il avait à l’esprit la mort prématurée du métallurgiste qui l’avait instruit sur le monde réel lorsqu’il était adolescent. Ce travailleur ne s’était pas véritablement suicidé après avoir été jeté au dépotoir, mais c’est loin d’être un cas isolé; on peut ajouter son cas et de nombreux autres cas similaires au coût colossal des crimes institutionnels du capitalisme d’état.

Il y a des études poignantes sur l’indignation et la rage de ceux qui ont été dépouillés lorsque les programmes état-entreprise de financiarisation et de dés-industrialisation ont fermé des usines et détruit des familles et des communautés. Elles révèlent le sentiment de profonde trahison éprouvé par des travailleurs qui croyaient avoir rempli leur devoir envers la société dans le cadre d’un pacte avec le monde des affaires et le gouvernement, pour découvrir qu’en fait ils avaient été instrumentalisés pour le profit et le pouvoir, des truismes dont ils ont été soigneusement protégés par les institutions doctrinales.

En lisant le manifeste de Joe Stack et de nombreux autres témoignages comme celui-ci, je me surprends à me remémorer des souvenirs d’enfance et bien plus que je ne comprenais pas à l’époque. La République de Weimar était le sommet de la civilisation occidentale dans les sciences et les arts, et aussi un modèle de démocratie. Pendant les années 1920, les partis libéraux et conservateurs traditionnels entrèrent dans une inexorable phase de déclin, bien avant que le processus ne soit accentué par la Grande Dépression. La coalition qui élut le Général Hindenburg en 1925 n’était pas très différente de la base qui a poussé Hitler au pouvoir huit ans après, obligeant l’aristocratique Hindenburg à choisir comme chancelier le “petit caporal” qu’il méprisait. En 1928, les Nazis avaient moins de 3 pour-cent des votes. Deux ans plus tard, la presse la plus respectable de Berlin se lamentait à la vue des ces millions de personnes dans ce “pays hautement civilisé” qui avaient “donné leur vote au plus commun, au plus faux, au plus vulgaire charlatanisme.” Le public était écœuré de l’incessant marchandage des politiques de Weimar, des services rendus par les partis traditionnels aux intérêts puissants et leur échec face aux réclamations du peuple. Ils étaient amenés à devenir des forces dédiées au maintien de la grandeur de la nation et à sa défense contre des menaces inventées dans un état revitalisé, armé et unifié, marchant vers un futur glorieux, mené par la figure charismatique qui mettait en œuvre “la volonté de l’éternelle Providence, le Créateur de l’univers,” comme il le clamait devant des foules hypnotisées. En mai 1933, les Nazis avaient non seulement largement détruit les partis traditionnels au pouvoir, mais aussi les énormes partis des travailleurs, les Sociaux Démocrates et les Communistes, ainsi que leurs très puissantes associations. Les Nazis déclarèrent en 1933 que le premier mai serait un jour férié pour les travailleurs, ce que les partis de gauche n’avaient jamais réussi à réaliser. De nombreux travailleurs participèrent aux immenses démonstrations patriotiques, avec plus d’un million de personnes au cœur du Berlin Rouge (“Red Berlin”), rejoignant des fermiers, des artisans, des boutiquiers, des forces paramilitaires, des organisations Chrétiennes, des clubs de sport et de tirs, et le reste de la coalition qui prenait forme alors que le centre s’effondrait. Au commencement de la guerre, 90 pour cent peut-être des Allemands marchaient en chemise verte.

Comme je l’ai mentionné, je suis juste assez vieux pour me souvenir de ces jours effrayants et menaçants lors de la chute de l’Allemagne de la décence vers le barbarisme Nazi, pour emprunter ces mots  au distingué spécialiste d’histoire Allemande Fritz Stern. Il nous dit qu’il a à l’esprit l’histoire des États-Unis quand il analyse “un processus historique dans lequel le ressentiment contre un monde séculier désenchanté a trouvé une délivrance dans la fuite extatique de la déraison.”

Le monde est trop complexe pour que l’histoire se répète, mais il y a cependant des leçons dont il faut se souvenir. Les tâches ne manquent pas pour ceux qui ont choisi la vocation d’intellectuel critique, quelle que soit leur situation dans la vie. Ils peuvent chercher à chasser le brouillard des illusions artificielles soigneusement construites et révéler la réalité crue.

Ils peuvent s’engager directement dans des luttes populaires, aider à l’organisation des innombrables Joe Stacks qui se détruisent eux-mêmes et le monde avec peut-être, et se joindre à eux pour montrer la voie vers un avenir meilleur.

Antigone Grenoble : jeudi 17 juin à 20h : Dévirtualisons Internet ! Présentation du collectif Grésille: https://www.gresille.org/

Source: https://www.gresille.org/

Source: http://www.bibliothequeantigone.org/index.php?option=com_eventlist&view=eventlist&Itemid=48#pg20100617

Qui d’entre nous a conscience qu’Internet n’est pas ce que nos navigateurs nous affichent à l’écran ? Qui réalise l’existence de câbles, de machines et du travail humain constant qu’il y a derrière ? Qui sait ce qu’il se passe lorsque l’on consulte ou lorsque l’on publie une page web ? Lorsqu’on envoie un courrier électronique ?

Les réponses à ces questions sont la plupart du temps méconnues et pourtant elles cachent des enjeux de taille. Si nous utilisons Internet, il est alors nécessaire de s’organiser afin que ces enjeux ne reposent pas uniquement sur quelques entités commerciales.

Grésille est un groupe de personnes qui souhaite répondre à cet objectif. Nous voulons construire un regard critique sur Internet à Grenoble et ses alentours, et, en même temps, nous voulons mettre en place nos propres outils (boîtes mail, listes de diffusion, hébergement de sites web, …) pour nous confronter nous mêmes aux conditions de leur existence, loin des multinationales qui concentrent actuellement la quasi totalité leurs usages. Il s’agit en quelque sorte de « dévirtualiser » Internet. Entre discussion, exposé, et projection de petits films, cette première soirée de Grésille sera l’occasion de partager ce qui nous anime.

Autres liens

  • https://guide.boum.org/ (‘Guide d’autodéfense numérique. […] nous n’avons pas envie d’être contrôlables par quelque « Big Brother » que ce soit. Qu’il existe déjà ou que l’on anticipe son émergence, le mieux est sans doute de faire en sorte qu’il ne puisse pas utiliser, contre nous, tous ces merveilleux outils que nous offrent — ou que lui offrent — les technologies numériques. […]Même si l’on choisit de ne pas les utiliser directement, d’autres le font pour nous. Alors, autant essayer de comprendre ce que ça implique. […])
  • http://fr.wikipedia.org/wiki/Free_Software_Foundation (‘La Free Software Foundation (que l’on peut traduire par « Fondation pour le logiciel libre »). dont le sigle est FSF, est une organisation américaine à but non lucratif, fondée par Richard Stallman en 1985 pour aider au financement du projet GNU et de la communauté du Logiciel libre. Les fonds proviennent principalement de dons, et anecdotiquement par la vente de goodies (tee-shirts, CD-ROMs…). La FSF Europe, la FSF India, la FSF Latin America et la FSF France sont quatre organisations sœurs distinctes de la FSF.’)
  • http://identi.ca/rms
  • http://www.gnu.org/ (‘The combination of GNU and Linux is the GNU/Linux operating system, now used by millions and sometimes incorrectly called simply ‘Linux’.Did you know? The name “GNU” is a recursive acronym for “GNU’s Not Unix!”; — it is pronounced g-noo, as one syllable with no vowel sound between the g and the n ‘)

Antigone Grenoble, jeudi 10 juin 2010 :à 20h: “Pendant qu’ils comptent les morts” de Martin Ledun et Brigitte Font Le Bret

Antigone Grenoble

  • http://www.la-tengo.com/index.php?q=art&art=162&col=46&m=couv (“Début décembre 2009, France Télécom révèle avoir recensé 32 suicides de salariés depuis janvier 2008. Cette comptabilité morbide a engendré une polémique au sujet du caractère suicidogène de ce groupe et révélé au grand public le malaise des salariés. Pourtant, pour celles et ceux qui connaissent l’entreprise, cette situation ne surprend pas. L’idée de ce livre est venue en écho des échanges menés depuis plusieurs années entre Marin Ledun, ancien salarié de France Télécom et Brigitte Font le Bret, médecin psychiatre. Cet ouvrage constitue un témoignage de ce qui se passe et s’est passé à France Télécom ou dans d’autres entreprises, du point de vue des salariés. Pression managériale, stress, humiliation… il tente de décrire les tenants et les aboutissants du mal-être au travail, de mettre en lumière la dimension pathogène de l’organisation managériale et de comprendre comment des salariés en sont arrivés à se tuer pour mettre un terme à leurs souffrances. La postface du sociologue Bernard Floris offre des clefs de compréhension sur évolution des pratiques managériales et leur impact sur les salariés“).

Brigitte Font le Bret

Brigitte Font le Bret

Brigitte Font Le Bret est médecin du travail et psychiatre à Grenoble, spécialiste des questions de la souffrance au travail. Membre de l’Observatoire du stress et des mobilités forcés de France Télécom, elle se bat pour que cesse le silence autour de ces questions et qu’une “véritable réflexion globale soit menée sur la stratégie de l’entreprise et du devenir ce ceux qui la font exister”.
Marin Ledun a été pendant sept ans chercheur en sociologie dans la Recherche et développement grenobloise de France Télécom. Il se consacre maintenant à l’écriture de romans et d’essais.
Bernard Floris est sociologue. Sa postface offre des clés de compréhensions sur l’évolution des pratiques managériales et leur impact sur les salariés.

Autres liens

L’entretion est divisé en neuf  chapitres.

  • Le premier est, logiquement, consacré aux premiers symptômes, datant de l’année 1995 ! Essentiellement des troubles anxieux, angoisse de l’avenir, troubles du sommeil, somatisations, mais pas encore d’idées suicidaires.
  • Au fil des chapitres suivants, “l’onde de choc” propagée par ces suicides, onde de culpabilité où chacun recherche sa part de responsabilité dans le drame, débouchant sur le repli sur soi, sur la peur. Des exemples viennent étayer les affirmations.
  • Un des chapitres les plus intéressants est celui sur l’infantilisation des salariés, un phénomène développé dans les méthodes de gestion managériales. Du jour au lendemain, un salarié dans les bureaux, peut se retrouver déplacé sur une plateforme téléphonique, un centre d’appels, sans la moindre formation, puis muté dans une agence commerciale…Au-delà de l’infantilisation, l’individualisation des salariés bat son plein créant entre eux une véritable concurrence, avec la notion par exemple, de “bon” salarié, tout cela dans un cadre de réduction des effectifs, des mobilités forcées, des accompagnements de reconversion. C’est le fameux management par le stress ou encore management par la terreur dont Christope Dejours, il y a dix ans, nous parlait déjà en le nommant “management par la menace”. Une sorte d’équivalent pour les individus salariés de la gouvernance par la peur des Etats, comme aux USA après le  11 septembre. La peur est toujours le ressort essentiel pour soumettre un individu ou un peuple. Les auteurs développent aussi la notion édifiante du “Client-roi” qui ne peut donner qu’un “Salarié-serf” avant dans les deux derniers chapitres de développer les éventuels remèdes. D’abord libérer la parole afin de remédier à cette souffrance insupportable, contre la culture de la méfiance et la notion mortifère de “l’entreprise, c’est secret”. La création en  2007 de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, peu après l’annonce du plan Next prévoyant la suppression de 22 000 emplois fut important, tout comme à l’automne 2009 la diffusion auprès de tous les salariés du groupe d’un questionnaire pris en charge par la société Technologia. 78% des salariés répondirent, ce qui est considérable. Enfin les dernières pages sont consacrées à d’éventuelles solutions. Une postface est écrite par Bernard Floris, enseignant et directeur de recherches à l’Institut de la communication et des médias de l’Université Stendhal Grenoble 3, portant sur le management par la menace. Un complément fort utile à l’entretien précédent. En fin de volume, une filmographie, double, documentaires et fictions, de Cantet à Costa-Gavras, en passant par Levaray et Moreira ou Carré, et bien entendu une longue bibliographie indicative, de Robert Castel à Dejours en passant par Khalfa et Lordon. En peu de pages, beaucoup de choses sont dites, elles aident à bien appréhender l’ambiance mortifère de France Telecom durant ces dernières années. Un éclairage pouvant sans doute s’appliquer à d’autres entreprises hélas.

INTERVIEW DE L’AUTEUR SUR MARIANNE2.fr (17 mai 2010)

Marianne2.fr : Une première réflexion vient à l’esprit après la lecture de ce livre : compte tenu de la chronologie des événements, la privatisation de France Télécom est-elle à l’origine de ces suicides?
Brigitte Font Le Bret : Effectivement, il y a un lien entre l’ouverture du capital de la Société Anonyme et les premiers symptômes significatifs du stress au travail. La privatisation du groupe a apporté de nombreux changements pour la vie des employés. Tout d’abord, le sentiment d’appartenance à un service public, très important pour eux, disparaissait avec toutes ses conséquences. Rythme de travail plus soutenu, premières mobilités, c’est la qualité de vie en générale qui changeait. Je compare souvent cette situation à celle de la Poste en ce moment. Le postier qui avait pris l’habitude d’aller au fin fond d’une campagne pour distribuer sa lettre disparait du paysage. L’employé à, en quelque sorte, «éthiquement» conscience de ce changement au sens où il intériorise, et même culpabilise l’affaiblissement ou la suppression d’un service public.
Dans cette affaire, on n’a pas eu l’impression que les syndicats aient vraiment jouer leur rôle de protection envers les salariés. Leur absence est-elle le signe d’une incompréhension du problème ou ont-ils été muselés par la direction?
Non. La question est bien plus vaste. Le suicide est un sujet difficile à aborder avec les syndicats. Ce sujet n’est pas abordé facilement dans notre société. Il s’agit d’un tabou persistant. Même un médecin n’ose pas prononcer le mot avec son patient, il se contente de lui demander s’il a des idées noires, mais pas plus ! Et puis, les syndicalistes n’ont pas été préparés à ce genre de situation. Ce sont plutôt les médecins du Travail qui sont muselés bien plus que les syndicalistes.

Peut-on ressentir de réels changements dans le groupe depuis la fin de cette polémique?
Les suicides sont toujours d’actualité et on en dénombre un par semaine actuellement. Il y a des accords en discussion sur le plan de la prévention médicale. Les dirigeants tentent d’adoucir un peu le management. Mais les objectifs chiffrés restent les mêmes !

France Télécom n’est pas la seule entreprise française où le management par le stress est appliqué. Pourquoi n’y a t-il pas eu d’effet de propagation aux autres entreprises selon vous?
En tant que psychiatre je peux vous assurer que je rencontre des gens venant de tous secteurs et qui me parlent de leurs envie d’en finir car ils ne supportent plus la manière dont est fait leur travail. Cela peut paraître surprenant mais un tiers de mes patients sont des fonctionnaires territoriaux, des hommes de l’administration d’état. Et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est difficile de faire émerger.

Vous dites dans votre livre que le questionnaire auquel ont répondu plus de 80 000 salariés concernant les conditions de travail à France Télécom n’est pas une bonne chose dans sa méthode. Quelle aurait été celle que vous auriez mise en place ?
Le questionnaire est bien en soi car on a rapidement pris en compte le problème de tous ces gens en souffrance. Toutefois, il s’agit encore une fois de mettre l’employé seul face à un papier pour remplir des verbatims. Ce qu’il faut c’est un dialogue entre le salarié et ses supérieurs ainsi que ses collègues pour libérer la parole. Qu’il n’y ait pas de non dit.

La situation semble la même à la Poste où là encore on est en passe de privatiser l’entreprise. Quel serait pour vous l’idéal pour éviter d’en arriver à de tels méfaits?

Il faut arrêter d’augmenter les dividendes des actionnaires, stopper les financiers et remettre l’humain au cœur de l’entreprise. D’ailleurs, il s’agit d’un problème plus global, un projet de société où l’humain serait la base. C’est un vrai problème citoyen et politique.

Interview de Chomsky le 31 mai 2010 : Gaza, Liberté d’expression + http://www.chomsky.fr

Autres liens

  • http://www.chomsky.fr
  • http://www.chomsky.fr/politique.html
  • http://www.chomsky.fr/nouvelles/index.php?2010/05/30/11/29/47-l-association-quot-les-amis-de-chomsky-fr-quot-en-cours-de-creation-adherez-des-aujourd-hui- (‘Objet de l’association : Soutenir le développement du site de chomsky.fr, permettre la diffusion de l’œuvre scientifique, philosophique et politique de Noam Chomsky au travers des médias électroniques et papiers, favoriser la diffusion de travaux didactiques permettant de mieux comprendre et connaître son œuvre et ainsi élargir à d’autres auteurs dont les écrits permettent d’approfondir certains sujets abordés par Noam Chomsky. Par ailleurs, l’association assurera la diffusion d’un bulletin, et pourra s’occuper de l’organisation et du financement de tout événement culturel qu’elle jugera utile’)
  • http://www.israeli-occupation.org/2010-06-05/noam-chomsky-interview-speaking-of-truth-and-power-updated/ (‘Hijacking boats in international waters and killing passengers is, of course, a serious crime. The editors of the London Guardian are quite right to say that “If an armed group of Somali pirates had yesterday boarded six vessels on the high seas, killing at least 10 passengers and injuring many more, a NATO taskforce would today be heading for the Somali coast.”

It is worth bearing in mind that the crime is nothing new. For decades, Israel has been hijacking boats in international waters between Cyprus and Lebanon, killing or kidnapping passengers, sometimes bringing them to prisons in Israel including secret prison/torture chambers, sometimes holding them as hostages for many years. Israel assumes that it can carry out such crimes with impunity because the US tolerates them and Europe generally follows the US lead.’)

CNT38 : Justice pour notre camarade le lundi 7 juin à 14h au Tribunal de Grande Instance à Grenoble

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Le premier mai dernier, les syndicats CNT de l’Isère ont pris part, en tant qu’organisations syndicales, au défilé organisé à Grenoble. Sur le parcours de la manifestation, deux caméras sont démontées par des opposant.es à la vidéo-surveillance. Après la manifestation, une de nos camarades est arrêtée pour l’exemple, un autre s’écroule, violemment frappé à la tête par les forces de police. La presse patronale relaye aussitôt les allégations policières qui désignent notre camarade comme coupable.

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Voilà deux années de suite que les syndicalistes de la CNT sont visé.es le 1er mai. Si certain.es en doutaient, le rôle de la police n’est pas de protéger la population. Elle assume par contre sans complexe son rôle de police politique. Et à chaque fois la presse s’est empressée de servir de porte-voix aux forces de répression. Si pour nous, syndicalistes de la CNT, ces pratiques policières et « journalistiques » ne sont pas nouvelles, elles méritent cependant une réponse à la hauteur de l’attaque.

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Notre camarade est innocente des faits dont on l’accuse, elle a manifesté ce jour-là à visage découvert sans jamais quitter le cortège de la CNT. Les accusations à charge sont donc sciemment mensongères. Elle a comparu le 19 mai 2010 devant le tribunal non pour répondre de faits qu’elle n’a pas commis, mais parce qu’elle lutte pour un changement radical de notre société et plus de justice sociale.

Nous voulons la liberté et la justice sociale.

Rendez vous le lundi 7 juin 2010 à 14h au tribunal de Grande Instance de Grenoble

Un nouveau site sur Noam Chomsky: http://www.chomsky.fr/

Le nouveau site français  sur Noam Chomsky

CHOMSKY.fr : Autodéfense intellectuelle avec Noam Chomsky

  • http://www.chomsky.fr/site.html (“…Il nous fallait partir d’un site qui aborde tous les thèmes, et c’est pour cela que nous avons décidé, dans une première étape, de créer, avec l’accord de cet auteur, un site chomsky.fr, qui proposera une sélection de textes, traduits en français ou non, pris principalement sur chomsky.info qui est la source principale sur internet de textes de Noam Chomsky dont certains restent difficiles d’accès en français. Cet auteur présente à nos yeux deux avantages : les analyses qu’il présente dans des exposés, entrevues ou articles courts sont particulièrement incisifs. La palette des sujets qu’il aborde est par ailleurs très large, et va, pour ne citer que quelques exemples, de la linguistique au postmodernisme en passant par le sport. Cela nous permet d’établir des liens avec des intérêts et des personnalités très divers et d’aborder de façon non mondaine ni vulgaire des sujets qui ne sont que très rarement, ou même jamais abordés dans notre tradition, ni même, peut-être, dans d’autres traditions intellectuelles dont ils sont tout simplement exclus. Ce site souhaite ainsi faire des écrits et productions de cet auteur hors du commun, un point d’ancrage d’où partiront des liens vers d’autres sites et d’autres textes permettant d’approfondir ou de compléter les thèmes et les analyses abordés permettant ainsi à certaines analyses alternatives de se faire entendre, ou même d’exister. À terme, ce site deviendra un noeud dans un réseau donnant accès à des analyses de haute qualité.  Toute personne intéressée peut nous envoyer des textes traduits, ou des liens vers ces derniers, ainsi que nous signaler des textes d’autres auteurs ou des sites pertinents pour l’entreprise ébauchée ici ; nous donnons ci-après quelques précisions pour cela…”)
  • http://www.iww.org/fr (‘l’IWW (auquel Noam Chomsky adhère depuis longtemps) est une organisation syndicale pour tous les travailleurs, un syndicat dédié à l’organisation des travailleurs sur leur lieu de travail, dans leurs industries et leurs communautés’)
  • http://www.cnt-f.org/spip.php?article320 (‘…Trois ans après après avoir déclaré leurs sections syndicales dans plusieurs Starbucks à New York et après avoir connu une forte repression syndicale (6 militants IWW licenciés et seulement deux réintégrés), nos camarades wooblies ont lancé une campagne internationale pour le respect des droits syndicaux...)
  • http://cnt.sr87.over-blog.com/article-i-w-w-et-le-symbole-du-chat-logo-de-la-cnt–44232473.html (‘Aux Etats-Unis à partir de 1905, IWW “Industrial Workers of the World” est la première organisation syndicaliste révolutionnaire historique à appliquer concrètement l’internationalisme, l’antiracisme et l’antisexisme. Elle est également l’organisation qui a crée le symbole du chat noir qui est aujourd’hui le logo de notre syndicat et du réseau anarcho-syndicaliste/syndicaliste révolutionnaire à travers le monde.
    Les IWW constituent un pilier pour notre courant syndicaliste et la lutte en générale car nombre d’organisations de luttes: associations, partis, syndicats (comme les Black Panthers Party) se sont inspirés de l’expérience de ce syndicat en tout temps et en tout lieu
    ….L’image du chat noir est un choix militant et révolutionnaire pour les IWW, il est le symbole du sabotage (au sens syndicaliste du terme, voir Emile Pouget “le sabotage”). Ce félin mystérieux a, depuis l’aube des temps, inspiré la crainte, qu’il s’agisse de son identification maléfique avec la sorcellerie ou des pouvoirs magiques que lui prêtaient les esclaves africains( les IWW est le premier syndicat a lutter pour le droit et défendre les travailleurs noirs sur des bases antiracistes et internationalistes aux Etats-Unis, de même que pour les femmes sur une dimension antisexiste et antipatriarcale). Les IWW ont choisi le chat noir pour afficher leur volonté, leur détermination dans la lutte des classes en assumant et revendiquant le symbole fort en connotations…’)
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